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La Désoeuvre
De Karine Henry
Editeur : Actes Sud
Parution le : 18 Janvier 2008

Dans la maison désertée de Barbara, Marie revisite les désastres de son enfance et de sa jeunesse, la folie de sa soeur que dévorait l'ambition d'écrire, et dont les carnets témoignent encore, comme une traversée de la névrose vers l'oeuvre.Un jour Marie reçoit l'appel d'un notaire : sa soeur Barbara, qu'elle n'a plus revue depuis son internement, lui lègue sa maison d'Artel. Aussitôt Marie quitte Paris (où elle vit avec François) pour aller la mettre en vente après l'avoir vidée de ses meubles. Le temps d'un été, la voici donc de retour dans cet endroit isolé et menaçant qu'elle hait, et peu à peu accablée des souvenirs d'une enfance et d'une jeunesse doublement dévastée : par « l'accident » où leurs parents ont perdu la vie, mais aussi, de longue date, par la folie de Barbara, cette grande soeur tyrannique et terrifiante, tout entière dévolue à l'ambition d'écrire.Dans la maison d'Artel, la présence de Barbara se manifeste encore à travers ses carnets, véritable séismogramme d'un psychisme envahi par l'exigence de se dépasser dans un accomplissement artistique.Leurs voix se combinent donc dans un double jeu - et un double « je ». L'une (Marie) raconte les années noires de l'enfance puis, après l'accident, ses épisodiques séjours à Artel, quand Barbara y vivait encore avec... François. L'autre (Barbara) ne dit rien du quotidien, n'évoque jamais sa soeur, mais sculpte des phrases lancinantes où s'exprime sa terreur du temps qui frappe de sa malédiction la fragilité humaine, dont il lui faut refuser les assouvissements vulgaires pour ne pas donner prise à la mort, et pour tenter de faire triompher l'oeuvre.
Histoire d'une folie dévastatrice générant pourtant une indéniable sublimation esthétique, La Désoeuvre inscrit dans le récit la réflexion sur la nécessité d'écrire et, bien au-delà d'un roman familial, s'affronte à une difficulté centrale pour tout romancier : dépasser dans une fiction le prosaïsme auquel nous condamne la narration - dans la mesure même où l'existence elle aussi nous y condamne.

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