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Un passé si présent

Un passé si présent

Auteur : Sally Warner

Editeur : Bayard

Depuis la mort de sa mère, six ans plus tôt, Dilly mène une existence sans histoires auprès d'un père mélancolique, enfermé dans le souvenir de sa femme disparue. Cet été-là - l'été de ses treize ans -, alors qu'elle vient comme chaque année passer les vacances dans la vieille maison de famille, elle apprend qu'avant de mourir sa mère lui a écrit une lettre. La colère s'empare de Dilly : de quel droit cette femme, partie trop tôt, prétend-elle régenter encore la vie de sa fille ?

10,90 €
Vendeur : Amazon
Parution :
236 pages
ISBN : 978-2-7470-1550-9
Extrait

Elspeth

Telles des couleurs dans une flamme, une dizaine de pensées scintillaient dans l'esprit d'Elspeth Dillon, qui attendait la mort sur son lit d'hôpital.
Bleu : «J'ai à peine trente-six ans.»
Rouge : «Peter a besoin de moi.»
Son pauvre mari, exténué, était assis à son chevet sur une chaise en plastique collante. Il avait encore minci depuis qu'elle était entrée à l'hôpital, la semaine précédente, et son grand corps longiligne, plié en deux au niveau de la taille, évoquait un mètre de charpentier. Il dormait, le visage contre la couverture en nid-d'abeilles. «À son réveil, il aura la joue marquée comme une gaufre», songea-t-elle.
La tête de Peter reposait à quelques centimètres de son bras droit et elle sentait son souffle sur son poignet.
Ses bras à elle étaient posés bien à plat sur la couverture. «Comme si j'étais déjà morte», observa-t-elle avec détachement. Elle ne les reconnaissait pas. «Ce ne sont pas les miens», se dit-elle, retrouvant pour l'occasion un peu de son humour.
Elle fronça légèrement les sourcils en regardant ces membres sans force, qui avaient pourtant appartenu jadis à un corps sain, bronzé, agile et vigoureux. Ce n'étaient plus aujourd'hui que de pâles imposteurs, qui faisaient semblant d'être à elle, d'appartenir à un corps qu'elle reconnaissait de moins en moins au fil des heures.
«Peter va attraper un torticolis», pensa-t-elle, comme à distance. Était-ce le temps ou l'espace qui les séparaient ? Et si le temps et l'espace n'étaient qu'une seule et même chose ?
Indigo : «Peter se remariera», réalisa-t-elle soudain, légèrement contrariée. «Et, ce jour-là, notre histoire d'amour se terminera pour de bon.»
Définitivement.
Elle aurait dû détester par avance la future femme de son mari, cette mégère ! Pourtant, elle n'éprouvait pas une once d'animosité. Cette curieuse absence de passion, de jalousie, la fit presque sourire.
Rose : «Peter ne se remariera que s'il retombe amoureux. Et, si cela arrive, ce sera parce qu'il a connu le grand amour avec moi. Alors, même s'il se remarie, une partie de lui restera toujours à moi, et rien qu'à moi.»
Rassurée, elle voulut tendre la main et lui caresser les cheveux pour le réconforter par avance, mais elle craignit de le réveiller. D'ailleurs, même cet effort infime lui semblait de plus en plus difficile.
Elle soupira et tourna la tête pour voir le soleil se lever. Elle avait demandé qu'on laisse les rideaux ouverts toute la nuit, afin de ne pas manquer ce moment. Soudain, ses pensées allèrent à sa fille. Son enfant unique.
Bleu lavande : «Dilly-Dill.»
«Non, non ! implora-t-elle en silence. Je ne peux pas mourir déjà ! Dilly n'a que six ans. Dans un an, peut-être deux, elle aura oublié mon visage. Il lui faudra une photo pour savoir à quoi je ressemblais.»
Elle serra les poings.

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