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Et le temps est venu ou tu ne m'aimais plus

Et le temps est venu ou tu ne m'aimais plus

Auteur : Didier Ehretsmann

Editeur : Publibook

"Je vais te quitter, Xavier." Ainsi débute le dernier roman de Didier Ehretsmann. Par une rupture. Brutale. Inopinée. Cinq mots, lâchés comme un couperet, qui sonnent le glas de vingt-cinq années de vie commune. Un roman qui aurait pu parler tristesse, désespoir, abîme. Mais Xavier, loin de céder à la mélancolie, va s'inventer une nouvelle distraction : répondre à ces inconnues qui publient leurs annonces dans le Nouvel Obs, comme autant de bouteilles jetées à la mer... Et réapprendre à rêver.

Didier Ehretsmann est né à Calais en 1952. Auteur d'un premier roman, Les Lions comiques, paru en 2006, il a collaboré à l'écriture d'un film, Rue de Crimée (2005).

20,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-7483-3596-5
Extrait

- Je vais te quitter, Xavier.
Le ton était calme, détaché ; la voix couvrait à peine le ronronnement du moteur. La voiture roulait en direction du pont de Suresnes. Il était une heure du matin. Xavier conduisait. De temps à autre, il était obligé de cligner des yeux pour ne pas être ébloui par les phares jaunes et blancs des voitures qui roulaient dans l'autre sens. La radio ne jouait pas - ou peut-être en sourdine, Xavier ne se souvient pas.
Derniers jours de juin. Ils avaient passé la soirée chez son frère à elle, dans sa grande maison de Ville-d'Avray. Ambiance joyeuse et bon enfant. Apéritif sur la terrasse ; repli stratégique quand les premières gouttes avaient failli gâcher la fête. Ils avaient discuté, chacun de son côté, avec les invités ; ne s'étaient pour ainsi dire pas vus, pas parlé de la soirée. Certes. Mais Xavier avait beau fouiller dans sa mémoire, aucun événement ne s'était produit, ni avant, ni pendant, ni après, qui, de son point de vue à lui, eût laissé augurer ce coup de tonnerre dans la nuit. Aucune dispute - ils ne se disputaient jamais, ces deux-là, c'en était presque troublant -, aucun signe avant-coureur, non, rien, si ce n'est l'usure, inéluctable, d'un couple qui s'était formé vingt-cinq années plus tôt.
Qui avait lancé l'idée ? Vers minuit, tous, parents et amis, jeunes et moins jeunes, s'étaient déshabillés et avaient sauté, nus, dans la piscine. Ils riaient, criaient, s'éclaboussaient. Ballet d'ombres chinoises dans l'eau tiède et luminescente. Tous, sauf elle qui était restée sur le bord à les regarder.
Elle n'avait pas dit : «Xavier, je vais te quitter», elle avait dit : «Je vais te quitter Xavier», sans virgule, sans la moindre respiration entre les mots. Elle aurait pu, ou dû, commencer par le prénom, «Xavier», puis marquer un temps d'arrêt, «Xavier (tu m'entends ?)», histoire de s'assurer qu'elle avait capté son attention, et après, après seulement lui délivrer le message. Non, elle avait dit Je vais te quitter Xavier d'une traite, comme on se jette à l'eau, comme on se débarrasse, dans l'urgence, d'un poids trop lourd à porter. Énoncer les deux syllabes de son prénom, «Xa-vier», les articuler, ces deux syllabes, avant le message proprement dit, «Je vais te quitter», c'eût été deux secondes de trop, deux longues, deux interminables secondes qui, repoussant d'autant le saut dans le vide, auraient pu faire flancher sa détermination. L'éternité en raccourci.

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