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Le temps presse le pas, l'humanité traîne les pieds

Le temps presse le pas, l'humanité traîne les pieds

Auteur : Liliane Franck

Editeur : Publibook

Jules Michelet affirmait en 1872 : "Le temps presse le pas. Ce n'est pas vers le bien ni vers la liberté. Le règne de la machine et de la violence est commencé", alors que son contemporain Alphonse Karr énonçait de son côté : "Plus ça change, plus c'est la même chose".
Le rapprochement de ces deux citations met en lumière le contraste entre l'accélération des progrès techniques et la constance du comportement humain.
L'essai que voici est une réflexion à ce propos ; de nombreux sujets sont successivement abordés par Liliane Franck, avec humour ou gravité : la liberté, la politique, les rapports entre sexes, entre classes, entre races, entre générations, l'art, l'éducation, la religion, la mode, la médecine, etc.
L'ouvrage est illustré par plus de 400 citations de 200 auteurs ou personnalités de tous temps et de tous lieux, serties dans le texte : de Platon à Molière, de Sénèque à Jean-Marie Messier, en passant par Voltaire, Marcel Pagnol, Einstein, Félix Leclerc, Pascal...

Liliane Franck, passionnée d'histoire, est déjà l'auteur de deux ouvrages d'histoire locale et d'un troisième sur l'histoire de la distribution d'eau à domicile. L'un d'eux a été récompensé par le prix Jouvenel de l'Académie Française.

22,31 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-7483-3674-0
Extrait

Le temps presse le pas. Ce n'est pas vers le bien, ni vers la liberté. Le règne de la machine et de la violence est commencé.
Jules Michelet - 1872

Ainsi donc, cette étrange sensation d'accélération du temps que nous éprouvons tous, remonterait aux débuts du machinisme... À vrai dire, cela n'a rien d'étonnant. Vivant au rythme d'un rendement sans cesse accru et d'une course effrénée de perfectionnements techniques "s'obsolétisant" les uns les autres à une cadence étourdissante, il est inévitable que par le jeu d'une illusion de perception, les jours et les ans nous paraissent aller plus vite... Ce qui étonne un peu, en revanche, c'est le diagnostic précoce que Jules Michelet en a fait, et le pronostic singulièrement juste qu'il en a tiré. Car le très inquiétant règne évoqué se trouve bel et bien consolidé ! Pourtant, à y bien regarder, l'illustre historien ne faisait qu'observer avec une clairvoyance aiguë les effets du progrès sur ce qu'on appelle l'éternel humain.

Contrairement à ce que nous croyons, nous ne changeons guère, en effet, et l'évolution des mentalités, quoique souvent mise en avant, reste illusoire, ne consistant somme toute qu'en une espèce de vernis ; vernis fragile comme peut l'être un simple revêtement apparent. Les ressorts essentiels, eux, n'ont jamais varié. Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter aux penseurs des siècles passés, ce que généralement on néglige un peu trop de faire. Leur analyse psychologique n'a pas pris une ride. Elle est toujours d'actualité. Or, de même que le débit d'un liquide augmentant dans une conduite crée un frottement pouvant entraîner des conséquences fâcheuses, le débit du progrès s'accélérant dans la société peut causer une surexcitation dangereuse. Tout à l'euphorie d'un modernisme déchaîné ouvrant des perspectives extraordinaires et donc enivrantes, n'a-t-on pas par trop oublié les règles les plus élémentaires de prudence ?...

Le progrès est certes dans la logique de la vie. Il stimule l'intelligence, dont il est le fruit, améliore le confort et développe la connaissance. Malheureusement il ne va pas sans effets pervers. La machine, qui allège et facilite le travail, procure des loisirs bénéfiques et augmente opportunément la production en réponse à la poussée démographique, finit par dépersonnaliser insidieusement l'être humain. Elle le dépersonnalise et, abstraction faite d'un faible pourcentage d'inventeurs toujours à la recherche de nouveautés, tend à le dépassionner en réduisant sa participation et en amenuisant son esprit d'initiative. Cependant, il n'en garde pas moins des forces à dépenser et, faute d'autres possibilités d'expression, c'est trop souvent dans la violence qu'il trouve un exutoire et aliène sa liberté. Déjà Chateaubriand ne manquait pas de subodorer le problème : «Supposez les bras condamnés au repos en raison de la multiplication et de la variété des machines - déclarait-il - que ferez-vous du genre humain désoccupé ? Que ferez-vous des passions oisives en même temps que l'intelligence ?».

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