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L'opinion, ça se travaille...
De Dominique Vidal, Serge Halimi
Editeur : Agone
Parution le : 14 Septembre 2002

« Traitement exemplaire » et « On a tiré toutes les leçons de nos erreurs passées » constituent les formules sous lesquelles les médias travestissent leur travail en temps de guerre. D’un conflit à l’autre, le parallélisme des expressions laisse en effet songeur : « On a tiré toutes les leçons de la guerre du Golfe, où on n’avait pas assez conceptualisé l’image », estima ainsi Etienne Mougeotte. Le vice-président de TF1 oubliait seulement que ces « leçons » avaient déjà été tirées au moment de la guerre du Kosovo... puis de celle d’Afghanistan.

Exemples à l’appui, ce livre rappelle comment les médias ont broyé l’information du public tout au long des quinze dernières années - et continuent de le faire. Ce qu’il décrit, loin de constituer une collection d’exceptions, est devenu la règle ; pas un dérapage, la norme.


Commentaires Amazon

2008-06-19Note : 5/5
De la guerre et de la désinformation
Voici un petit ouvrage qui vient fort à propos alors que vient de se déchaîner, à nouveau, la voie des armes et la voie des ondes à propos de la crise irakienne. Les deux sont indissociablement liées et la voie des ondes fait partie de la stratégie des armes. Sans nul doute, dans un Occident acquis aux libertés individuelles, pensons-nous que l'information est librement traitée lorsque les opérations de guerre envahissent les petits écrans à l'heure du dîner ? Il n'en est rien. La conquête de l'opinion publique fait depuis longtemps partie des impondérables stratégiques mais la sophistication des techniques médiatiques contemporaines rend cette action plus subtile et insidieuse que par le passé. L'ouvrage édité par la maison militante Agone vient nous le rappeler avec une grande pertinence, dans la lignée directe de certains ouvrages de Vladimir Volkoff. L'ouvrage en question, court et percutant, a pour cadre principal le conflit du Kosovo de 1999. La seconde édition y ajoute le conflit d'Afghanistan. Gageons qu'une troisième édition reviendra sur la seconde guerre du Golfe.

Revenant sur le traitement médiatique "à chaud" des événements, l'ouvrage dissèque, décortique, analyse et pourfend toutes les contre-vérités et les francs mensonges qui ont été publiés alors, avec force exemples et illustrations. On se rend alors compte, au fur et à mesure que se tournent les pages, combien fut tonique la campagne d'embrigadement des esprits alors lancée. On croyait les grands médias guéris par Timisoara et la première guerre du Golfe. Las, le malade rechuta encore plus lourdement à l'occasion de ce nouveau combat "pour la démocratie". Citant le Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel qui jugea "Le travail des grands médias "extraordinaire" pendant la guerre du Golfe, "exemplaire" pendant celle du Kosovo, "remarquable" pour les opérations d'Afghanistan", les auteurs, Serge Halimi et Dominique Vidal, non sans une certaine ironie à la sauce aigre-douce, pointent du doigt la tendance à l'auto-satisfaction de la presse française. Cette dérive médiatique, qui vient en écho répéter inlassablement les analyses de guerre de l'OTAN, est remarquablement mise en lumière par de nombreux extraits de presse agrémentés de unes de journaux et magazines qui, avec le recul du temps, font paraître plus impitoyable encore le piège dans lequel sont tombées les opinions.

Le débat qui sous-tend cet ouvrage est celui de la liberté d'expression, liberté clamée et proclamée mais qui doit répondre, pour les lecteurs et téléspectateurs que nous sommes, au débat sur la liberté de jugement et d'analyse. Or, c'est bien là que le bât blesse car un jugement équilibré impliquerait une présentation neutre du conflit. Comme dans bien des occasions, les faits furent tronqués, partiels, déformés et surtout, intimement mêlés à une analyse partiale. Sous prétexte d'instantanéité , les grands médias logés au QG de l'OTAN ne firent qu'accentuer les communiqués de presse de l'organisation, dans un concert d'auto-congratulation et de manque de perspective. La course à l'audience fit jouer une surenchère émotionnelle néfaste à une information de qualité. Par ailleurs, dans le conflit du Kosovo, outre la caricature grossière faite de la partie serbe, les médias pratiquèrent un amalgame éhonté qui fit des opposants à cette guerre des fascistes en puissance. La rhétorique guerrière put dès lors avoir les coudées franches auprès d'une opinion publique passive et culpabilisée. Les dommages collatéraux et autres bombardements furent légitimés du seul fait qu'ils étaient accomplis en toute bonne conscience humanitaire. Parler dès lors d'une liberté de la presse, de l'information et de jugement est quasi surréaliste. Pis encore, on peut légitimement se poser la question de la déontologie de la presse quand celle-ci appartient dans sa presque totalité à des grands groupes industriels impliqués dans l'armement qui parlent d'une voix bien entendue au plus haut niveau de l'Etat. Ce simple fait, même s'il y avait eut une volonté d'informer objectivement, génère une auto-censure inavouée des journalistes. Le trait peut paraître fort mais il n'est pas faux.

Au final, c'est un ouvrage essentiel et "plaisant" à lire pour décrypter les conflits à venir et tenter d'échapper au diktat cynique énoncé par ce général de l'OTAN : "Pour les bavures, nous avions une technique assez efficace. Le plus souvent, nous connaissions les causes exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n'intéressait plus personne. L'opinion, ça se travaille comme le reste".

Les éditions Agone ont pour objectif de "nourrir la révolte" dans un contexte de "lutte militante" bien connu. C'est un objectif électro-choc qui est recherché, réussi brillamment et on pourrait en rester là. Ajoutons cependant pour notre part "servir la vérité", nullement contradictoire et ce livre entrera plus dans une perspective évangélique porteuse d'espoir.

2005-07-27Note : 5/5
un livre d'intérêt général
Un bonheur de vérité.
Ce livre reprend avec exactitude l'attitude des médias, lors des guerres des Balkans jusqu'a la guerre en Irak.
On y apprend, avec dégoût, les manipulations de l'information par les lobbies, les politiques et les média. On s'aperçoit de la légèreté des journalistes à lancer des rumeurs, colporter la propagande des états et avancer des chiffres.
Le pire est sans doute l'unicité de l'information, tous les journaux ont le même point de vue !
A lire absolument.

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