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 Cliquez pour agrandir | Pourquoi les pauvres votent à droite Comment les conservateurs ont gagné le coeur des Etats-Unis (et celui des apys riches) De Thomas Frank Editeur : Agone Parution le : 15 Janvier 2008
Depuis des décennies, les Américains assistent à une révolte qui ne profite qu'à ceux qu'elle est censée renverser. Les travailleurs en furie, forts de leur nombre, se soulèvent irrésistiblement contre l'arrogance des puissants. Ils brandissent leur poing au nez des fils du privilège. Ils se gaussent des affectations délicates des dandys démocrates. Ils se massent aux portes des beaux quartiers et, tandis que les millionnaires tremblent dans leurs demeures, ils crient leur terrible revendication : " Laissez-nous réduire vos impôts! " L'État le plus pauvre des États-Unis a réélu George W. Bush avec plus de 56 % des suffrages aux dernières élections. Pourtant, le New Deal avait sauvé la Virginie-Occidentale de la famine pendant les années 1930. Et ce bastion démocrate fut ensuite un des très rares États à voter contre Reagan en 1980. Alors, républicaine, la Virginie-Occidentale? L'idée semblait aussi biscornue que d'imaginer des villes " rouges " comme Le Havre ou Sète " tombant " à droite. Justement, cette chute est déjà intervenue... Car cette histoire américaine n'est pas sans résonance en France. |
Commentaires Amazon| 2008-02-11 | Note : 5/5 | Un livre de sociologie politique majeur Dans ce livre, Thomas Frank explique comment le Parti Républicain, historiquement celui des milieux d'affaire de la côte Est, est parvenu à récupérer les voix de l'Amérique profonde, gagnant des territoires autrefois acquis au Parti Démocrate. En mettant en avant les questions culturelles (valeurs familiales, patriotisme, religion,...), les conservateurs ont séduit l'Américain moyen, et identifié les Démocrates à une élite éclairée condescendante à leur égard accusée de vouloir transformer un pays qu'au fond ils n'aimeraient pas (il y aurait eu une sorte de backlash en réaction au militantisme progressiste des années 60). Les Démocrates portent une part de responsabilité, puisqu'ils ont eux-mêmes souvent relégué l'économie au second plan (ni Carter ni Clinton n'ont rompu avec le libéralisme) pour ressembler à la caricature dressée par leurs adversaires (une élite condescendante, amateur de films étrangers et de vins importés,...). Thomas exhorte alors les progressistes à éviter la division entre les deux Amériques (rouge/bleue) et à se remobiliser autour d'un programme économique, rappeler aux électeurs que la musique conservatrice n'est qu'un blabla maquant un agenda jugé antisocial (baisses d'impôts et dérégulations). Cette thèse est très intéressante. On reprochera cependant à l'auteur sa partialité quant au résultat des administrations conservatrices : en réalité, le bilan économique et social des exécutifs républicains est loin d'être désastreux (aussi bien au fédéral qu'un grand nombre de maires ou gouverneurs) ; la propagande sur les "valeurs" ne suffit pas à tout expliquer (des Républicains comme Romney ou Giuliani ont été élus dans des Etats peu conservateurs). Il convient aussi, peut-être pas d'insister, mais au moins d'attirer l'attention sur le style très agréable de l'auteur, virevoltant et imagé. L'ouvrage n'est pas ardu, bien que scientifiquement irréprochable (nombreuses références à des controverses idéologiques, à des articles,...), il se laisse lire comme un voyage passionnant au coeur de l'Amérique de ces 30-40 dernières années, avec un grand nombre de références à la culture populaire et de récits de trajectoires individuelles.
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