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Faire Charlemagne

Faire Charlemagne

Auteur :

Editeur : Le Cherche Midi

Un homme chargé d'hivers marche dans les ruelles de son enfance. Antonin Chapuisat enseigne la littérature dans un vieux lycée de renom. Sous ses pas, le pavé de Saint-Antoine, près de la Bastille, ne ressemble plus à celui de naguère. Ses effectifs scolaires non plus. Ses classes d'élèves bigarrés et insolents l'insupportent. La capuche fait mauvais ménage avec le feutre taupé. Insensiblement, il glisse du mauvais côté du balcon. Chez lui, toute espérance est devenue bonsaï. En catimini, il subvertit l'emploi du temps éducatif, permute les auteurs du programme. Ainsi Saint-Exupéry par Henri Béraud, Malraux par Albert Paraz. Son enseignement commence à sentir le soufre. La tête dans le sac, capitulard, munichois des sentiments, insensible aux sensibilités culturelles et religieuses de son auditoire, Chapuisat radicalise ses interventions réactionnaires, culbute le vieil humanisme progressiste. Ça jase dans les couloirs. Les parents d'élèves se plaignent. Les altercations se multiplient dans les rangs, jusqu'à ce que le drame survienne entre deux collégiens à l'ombre des murailles de Philippe Auguste.

Un roman cynique, désabusé, d'un pessimisme ravageur.

17,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
256 pages
ISBN : 978-2-7491-5065-9
Les avis

Les adeptes du « littérairement correct » auront très probablement du mal à finir le roman de Patrice Delbourg « Faire Charlemagne », car ce dernier est inspiré de part en part par l’esprit de provocation, par un souffle polémique quasiment incessant .

Le personnage principal, Antonin Chapuisat, est Professeur de lettres au lycée Charlemagne, lycée parisien de renom .L’exercice de ce noble métier, le professorat, devrait donc combler Antonin Chapuisat ;Il n’en est rien .Cet homme, à l'héritage familial très négatif, est aigri, passéiste, en recherche d’un enthousiasme et d’une énergie perdue : « Cette hantise d’un monde nouveau aux portes de son fief citoyen ne lui avait jamais faussé compagnie, il entretenait ainsi le flambeau familial, sommaire mélange de xénophobie radicale et de soupçon mercantile . » Eprouve-t-il un commencement de proximité avec ses élèves, croit-il pouvoir les touchers, les initier aux beautés de la littérature française et aux classiques du « Grand Siècle » ? Nullement, et c’est un dégoût, une hostilité évidente qu’il ressent à l'égard de cette nouvelle génération qu’il qualifie ainsi : « Les élèves le regardaient pantois, effondrés sur leurs pupitres, crêtes iroquoises en médrano, petites queues de ragondin dans la nuque, tignasses entièrement amidonnées à la gélatine halal (…) clous dans les joues, pauvres gaziers qui essayaient de rassembler en feux grégeois les derniers télégrammes de détresse émis par leur mémoire sinistrée. »


Pourtant, ce qui incite Antonin Chapuisat à persévérer, c’est l’attirance qu’il éprouve pour certains écrivains, largement oubliés aujourd'hui, tels que Albert Paraz, Henri Béraud, Benjamin Péret .Cet engouement est tellement intense que notre professeur, débordant d'audace pédagogique, substitue ces auteurs aux auteurs officiels du programme :Saint-Exupéry , Malraux .Le résulta ne se fait pas attendre et les plaintes des parents d’élèves se multiplient .Antonin Chapuisat justifie cette inversion des valeurs : « Seule la chose littéraire le retenait .Il aimait les auteurs sulfureux de haut rayonnage, dotés d’une posture libertaire, théoriciens du désordre, dont le voyage des mots à l’intérieur du récit restait plus essentiel que l’action des protagonistes, de raout en médianoche, d'adultères en filature. »
Antonin Chapuisat est un non-conformiste, qui tente de remettre au goût du jour la simple démarche de penser par soi-même, y compris contre les présupposés les plus couramment admis .On aimera dans ce roman l’ironie, le souffle polémique, le vocabulaire très riche de l’auteur (on pense aux romans de Huysmans) cité d’ailleurs par l’auteur dans le récit .L’humour, ravageur, d’une extrême causticité y est présent également. Pour bien apprécier la portée de ce roman il convient de le prendre au second degré, celui d’un cynisme omniprésent et d’une stigmatisation de la police de la pensée.

STEPHANE BRET

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