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Comprendre la Vie

Comprendre la Vie

Auteur :

Editeur : Pol

« Tous les matins je me lève je suis mort de rire », cette phrase, on la trouve à la page 22 du nouveau livre de Charles Pennequin et elle en donne bien la tonalité. Quant à cette autre : « tout amour vrai est un coup foireux porté à soi-même » elle en indique sinon le sujet principal, au moins une préoccupation récurrente car s'il s'agit de « comprendre la vie » l'amour est une question centrale... Ainsi entre rire grinçant, tragique et comique à la fois, et interrogations qui cachent soigneusement leur gravité derrière une véhémence grotesque sans pitié, Charles Pennequin se livre à un massacre en règle de toutes les croyances, les habitudes, les illusions qui nous aident à vivre. Il le fait à sa manière inimitable, maîtrisée comme jamais, qui mêle une connaissance parfaite, intime presque, des tournures les plus populaires, des références d'une trivialité réjouissante, une sensibilité exacerbée, et un talent de la scansion qui fait quasiment entendre la voix de l'auteur.

19,25 €
Vendeur : Amazon
Parution :
288 pages
ISBN : 978-2-8180-0006-9
Le début

Cette femme est morte.

Cette femme est morte. Maintenant je le sais. Elle vient de mourir. Tous les deux nous étions là, dans la nuit. Toute cette nuit à mourir. Toute une nuit ensemble à se parler. Et elle savait qu’elle finirait par mourir, même si je lui disais que non. Je n’ai fait que ça. Lui dire que non. Mais elle morte. Elle a fini par mourir. Je l’ai encore dans mes bras. Elle est morte sur moi. Sa tête est contre moi, sur mes jambes repliées et je la touche avec mes mains.Toute la nuit nous avons essayé de parler. Toute la nuit nous nous parlions mais parfois je m’endormais, puis je me réveillais en sursaut. Il fallait que je lui parle. Et elle me répondait. Parfois elle mettait du temps. Peut- être s’endormait-elle aussi. Mais peut-être était- elle déjà ailleurs. Loin. Nous étions sur une route. En plein milieu de la route et nous y sommes encore. Nous sommes en plein milieu mais c’est une route pas très fréquentée. On avait espéré voir du monde. Mais jamais personne n’est passé. On s’en moquait d’être écrasé. En fait, on n’y pensait même pas. On était dans la nuit. Sur la route et c’était là l’endroit pour mourir. Dans le silence total. Il n’y a jamais eu un bruit. Sauf quand on se parlait. Sauf quand j’éclatais en sanglots et qu’elle me regardait effarée. Sauf quand elle me disait des choses, comme : ça va? Elle me demandait tout le temps si ça allait. Elle avait l’air de s’inquiéter. Et moi je la voyais partir et bien souvent j’avais vraiment envie de me sauver. Toute la nuit j’ai pensé à ça. Même en la regardant, je me disais : autant la laisser. Autant partir. Autant foutre le camp pendant qu’il en est encore temps. Ça ne sert à rien de rester. Et je me disais ça, non pas parce qu’elle allait mourir, je disais ça parce que ça ne me disait rien de rester. Rester et gémir. Me réveiller en sursaut. Il aurait mieux valu faire une petite balade. Un petit bout de chemin dans la nuit sans rien autour. Et sans elle surtout. Elle qui faisait que mourir. Qui n’arrêtait pas de mourir. Qui n’en finissait plus. Ça durait ça durait. Pourquoi mourir? À quoi ça sert de faire autant de remue-ménage? En fait, même morte elle ne peut pas s’empêcher de m’emmerder. De continuer à m’emmerder. Que je pense à elle. Que je fasse comme si elle était là. Que je continue de la tenir dans les bras. Sans arrêt sans arrêt. Qu’elle me fasse encore chier à n’en plus finir. Mais toutefois, cette nuit c’était beau. On se quittait. On était doux. Je pense que j’ai eu des gestes. Sans doute pour la plupart doux. Sauf un. Là j’ai failli lui coller la paume de ma main. La repousser. Je crois que je l’ai repoussée mais qu’une seule fois en tout et pour tout.

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