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Hors la loi

Hors la loi

Auteur :

Editeur : Pol

Une intrigue multiple (et pourtant une) consumée par un suspense de chaque phrase (de chaque mot) offre au lecteur en pâture et à foison de l'action (« J'entendis alors une détonation sèche, pas très forte, et une petite parcelle de carrosserie vola en éclats tout près de ma tête : quelqu'un venait de me tirer dessus avec une arme à feu, j'en eus la certitude immédiate »), du mystère (« Personne ne l'a approchée. Elle a disparu, elle était là et l'instant d'après elle n'était plus là. Croyez-moi, je vous dis ce que j'ai vu, elle n'était plus là »), du sexe (« À cette fantasmagorie d'Irène se laisse aisément rattacher l'envie qu'elle eut alors que j'inondasse ses jolis seins de ma vénérienne expatriation »), du dépaysement (« Il survolait les paysages roses et rouges de Nomen, la planète-geôlière, proie d'une tourmente immobile qui tenait la végétation courbée et figeait la mer écarlate et ses courants noirs, et où régnait un jour perpétuel »), diverses considérations sur le sens de la vie (« On ne sait jamais ce que le passé nous réserve »), l'amitié complice du narrateur (« La place de livraisons était libre, tentante, je m'y mis (oui, je m'y mis, je verrai plus tard si je conserve ce “m'y mis", là maintenant je suis trop agité par ce que je vais raconter pour m'arrêter et réfléchir »), du sexe encore (Le lit à une place, ch. 19), en un mot on peut faire confiance à Luis Archer (le narrateur) lorsqu'il affirme cinq lignes avant la fin de son incroyable aventure : « Je pense avoir tout dit ».

20,20 €
Vendeur : Amazon
Parution :
496 pages
ISBN : 978-2-8180-0007-6
Les avis

La presse en parle

L'attente suspendue, la parenthèse à bras ouverts, le sas de (dé)compression, René Belletto connaît bien. Son premier roman s'appelait d'ailleurs ... Voilà cinq ans que nous étions sans nouvelles de lui. Comme dans son dernier livre au titre terminal, Coda, on le craignait avalé par ses propres mots, définitivement attrapé par l'une de ces chausse-trapes dont il a le secret. Et voici qu'il resurgit, dans la splendeur de ses contradictions : inchangé, transformé, solide, fragile, passéiste, futuriste.
Au-delà de toutes les espérances que ses admirateurs ont fondées sur lui, en ces temps de longue absence, le nouveau Belletto méduse et déconcerte à chaque mesure. Si le vocabulaire musical s'impose pour le définir, c'est qu'une fois de plus, l'écrivain mélomane a frappé, signant la tablature impeccable d'une de ces « varcaroles » labyrinthiques et envoûtantes qu'il a toujours su composer. Professeur de musique à l'institut Benjamin, collège privé à forte ambition pédagogique, le héros, Luis Archer, partage avec l'auteur une passion pour la guitare andalouse et le piano. Dans l'adversité, Bach vient à son secours : « Entre l'endroit où je me tenais, et la lézarde dont je parle, il y avait quoi, cent mètres, oui, cent mètres, que je parcourus alors mit schwachen, doch emsigen Schritten, “à pas faibles mais empressés" (pour citer Johann Rist, auteur en 1641 du lied repris par Bach dans la cantate 78 de 1724). Je me faufilai dans la haie... »
C'est tout naturellement salle Gaveau, à la fin d'un concert de Murray Perahia, qu'il croise le policier chargé d'enquêter sur l'odieuse agression dont fut victime sa meilleure élève. Et lorsque l'une de ses conquêtes pose son gilet vert sur l'enceinte Spendor de son salon : « Ah mauvais début ! » Les traits des femmes sont pour lui des partitions : « Le visage d'Inès est si mobile, si expressif, qu'on a du mal à le voir, à en apercevoir la structure, surcharge de trilles, d'appoggiatures et de gruppetti, oui, j'ai pensé aux interprétations de musique ancienne de certains musiciens d'aujourd'hui qui, suivant les traités d'interprétation de l'époque, ornent tellement que le morceau perd son squelette et s'effondre. »
Ce ne sont là qu'éclats et bribes, grains et reflets, d'un ouvrage brillant de mille feux, dont l'intrigue ouvragée, dense et haletante, ne se raconte pas. Elle s'évoque, par illuminations, comme issues d'un songe fugitif ou d'une transe paranormale. René Belletto ne révoque pas ces incursions dans les sphères inexplorées de l'être humain. C'est un grand romantique vaudou, manipulateur et bienveillant, qui capte tous les signes à disposition pour en sonder les mystères : dates (diabolique 6 juin 1966), végétaux (une seule feuille d'érable choit, et la révélation intérieure éclot), défaillances du quotidien (un miroir manque dans un ascenseur, et la crise d'angoisse terrasse).
Grand cinéphile, qui jadis écrivit des critiques sous le pseudonyme de François Labret (anagramme de Rabelais), René Belletto marche ici sur les traces d'Alfred Hitchcock. Quelques taches rouges qui mouchettent la plupart des débuts de chapitre, une Maggie qui craint le contact physique avec les hommes : indéniablement, Pas de printemps pour Marnie lui trotte dans la tête. Mais c'est Sueurs froides que ce roman revisite avec le plus grand génie. À la recherche d'une inconnue dont le portrait l'a saisi, dans une maison voisine d'un crime qu'il a fui, Luis Archer s'agrège à son double, et plonge dans une quête amoureuse qui le mènera chez un libraire ancien...
Plus que des citations, ces clins d'œil sont des battements de paupières naturels comme des respirations. Gorgé de la lumière des autres, qu'ils s'appellent Mendelssohn, Nerval ou Preminger (le fantôme de Laura rôde aussi), René Belletto redonne ce qu'il a reçu, avec une élégance sans pareille. Emprise ou empreinte ? « Nous sommes tous la somme de ceux qui nous ont précédés », tel pourrait être le titre de la cantate que chantent les personnages de ce grand livre-cathédrale, sur les hasards de la transmission et des connexions humaines.

Marine Landrot, Telerama

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