Si je devais...
Ne cherchez plus ! C’est bien elle ! Germaine Beaumont, grande prêtresse de l’onde courte policière, fomentatrice, avec Pierre Billard, des inoxydables Maîtres du mystère et débitrice agréée, chez Plon, de policier ayant un nom et de la facture. Mais la Beaumont, ça n’est pas que ça, quelques millions d’assidus massés, à la veillée, autour de la grille du haut-parleur comme à l’entour d’un petit âtre grésillant. Il y a une vie hors micro et ce livre nous le rappelle. La Beaumont fut, avant guerre, une diva du billet preste, une virtuose tout en replis et griffures de la chronique incisive. Cette amie de Colette et collaboratrice des Nouvelles littéraires, eut, d’instinct, les qualités de cet art martial : sens du médaillon, style précis, dense et aérien, métaphore à bride courte et bien pesée et surtout un flair exquis pour débusquer les failles secrètes, les double fonds aurifères et les armoires à squelettes. Observons-la titiller nos penchants, nous parler décembre ou coquillage, chanter Dickens ou Zénaïde Fleuriot, évoquer l’ennui et les vacances. L’air de rien, avec un rythme badaud et comme en croquant une pomme verte, Germaine Beaumont observe le quotidien de près et comme n’y tenant pas. Flâneuse assidue, elle invente l’art des menus un rien insondables et du passagèrement décisif. Là où l’on ne voit goutte, elle discerne des perspectives, débusque des paysages, fait résonner des hantises. Bien avant Frank et Vialatte, nos modestes sortilèges mis à scintiller : Germaine Beaumont.
