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Il ne vous reste qu'une photo à prendre
De Laurent Graff
Editeur : Le Dilettante
Parution le : 24 Août 2007

Cela sonne comme un arrêt : la dernière photo. Comme il y a le dernier verre, le dernier jeton ou l’ultime message. Graff invente la forme neuve de la roulette russe : l’objectif à l’œil, comme le canon tout contre la tempe. On presse : y a-t-il une vie, passé le couperet de l’ultime clic ? Jeu, set et match ? Neigel, le héros, se cogne à tous les angles d’un deuil amer, celui de M. Un jour à Rome, Méphisto, entendez un sieur Giancarlo Romani (un homme que l’humain intéresse, ex-prêtre) lui offre un voyage et un appareil photographique. Règle du jeu : clore la bobine en prenant « la dernière photo ». Il n’est pas seul à jouer : d’autres sont là, comme lui, avec leur dernière case à cocher : un Japonais, maître-pêcheur de carpe, un ex-mannequin et Eros (de Bilbao). Alors, que prendre dans les rets du viseur ? Une photo qui tout résumera, apocalypse intime, une photo pour rien, une photo de rien, un souvenir à loger au coin d’un miroir, un fragment d’idéal. Geste dérisoire, simple pression, mais choix décisif. Chacun choisira de prendre ou de ne pas prendre LA photo. Neigel, lui, en fera un rendez-vous fantomatique, une hallucination douce, en reviendra plus léger.Tout cela semble bien innocent. Vraiment ?


Commentaires Amazon

2008-09-04Note : 5/5
Une saine lecture
Ce livre fait réfléchir tout en légèreté et est à mettre entre toutes les mains.
Bonne réflexion !

2007-11-11Note : 4/5
Clic-clac !

Lors de leur séjour en Italie, Alain et sa petite amie Clara se font aborder par un étrange individu vêtu d'un long manteau beige qui leur propose de les prendre en photo devant la fontaine de Trevi.

De prime abord, l'intention semble anodine et amicale, mais en redonnant l'appareil photo à Alain, l'individu au regard intense et autoritaire lui déclare « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » et repart en lui laissant au préalable sa carte de visite.

Alain, qui vient de ressortir cet appareil après vingt ans de placard suite à la mort tragique de son premier amour M., est intrigué par cette phrase qui résonne dans sa tête comme un ultimatum, un avertissement de la même sorte que « Il ne vous reste plus qu'un jour à vivre ; il ne vous reste que dix mots à dire ». Il décide de se rendre à l'adresse indiquée sur la carte.

Le voilà maintenant face à un drôle de défi, engagé dans un jeu tout à fait pacifique avec quatre autres participants qui ont tous le même pacte à respecter : une dernière image à capter.

Encore une fois, après « Le Cri », Laurent Graff a su capter mon attention, tout en déclenchant en moi une foule de questions restées sans réponse, quelle serait ma dernière photo si j'avais à choisir ?
Dans cette histoire qui tend vers le fantastique, c'est plus qu'un simple clic-clac qui nous est révélé, elle nous mène à réfléchir sur nos priorités, car cette dernière prise peut être le symbole d'une fin, mais aussi d'un commencement.

2007-08-28Note : 4/5
Attention, le petit oiseau va sortir ! ...
Depuis la mort de la mystérieuse M., Alain Neigel n'a plus touché à son appareil photo, un Mamiya 35 mm de bonne tenue. Cela fait maintenant vingt ans.
Alain partage aujourd'hui sa vie avec Clara et accepte de l'emmener en week-end à Rome où ils descendent à l'hôtel Fontana, en face de la fontaine de Trevi. Fait exceptionnel, mais qui s'explique (cf. le roman), Alain a ressorti son Mamiya de ses placards et le porte en bandoulière dans les rues romaines.
Un jour, un homme en imperméable beige l'aborde, lui prend son appareil et le fixe droit dans les yeux au moment de le lui rendre. Gravement il lui dit : « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » et lui tend sa carte avant de s'éclipser.
Perplexe et chamboulé, Alain va décider de rester à Rome pour dénouer cette étrange affaire.

Car si l'histoire au début paraissait simple et claire, elle va vite devenir étrange, improbable et captivante. « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » est un jeu qu'on croirait grotesque, mais qui réunit en fin de compte cinq personnages dans une « réalité théorique, constituée d'échantillons représentatifs, de signifiants génériques ». Livrés à eux-mêmes, ces hommes et femmes doivent prendre LA dernière photo, celle qui compte, celle qui solde.
« Derrière chaque photo, par-delà le plaisir et la joie, il y a la peur, peur du temps qui passe, de sa fugacité, peur de voir puis ne plus voir, vivre puis ne plus vivre, avoir vécu et n'en avoir nulle trace démonstrative, nul souvenir tangible ; derrière chaque photo, il y a la peur de mourir, et la preuve de notre mort. » (...)
« Les photos sont des actes manqués, des paroles sous silence, des baisers refoulés, des sourires figés, des yeux qui se ferment. »

Ce roman semi-étrange aux accents fantomatiques n'est pas une hallucinante aventure aux confins de la quatrième dimension ! Cela pourrait simplement s'apparenter au parcours initiatique d'un homme qui porte le deuil depuis des années et qu'un jeu fantasque va ramener vers la lumière éclatante du flash. (Jouons avec les mots ! ...)
Avant d'en savoir un peu plus, il est très, très bon de fabuler sur cette rencontre avec l'homme à l'imper beige - Méphisto dans sa tenue de camouflage, en opération de « repérage ». Car, comme sous l'effet d'une baguette magique, l'histoire prend un tour plus sombre, un peu inquiétant.
On pensait suivre la logorrhée d'un type ironique et au sens de l'humour décadent. On se plantait ! Finalement Laurent Graff est un virtuose qui manie à sa guise la crédulité de ses personnages et de son lecteur. Tous dans le même sac, à bord d'un minibus de couleur marron. (Les participants de ce jeu ont tous des rôles atypiques !)
Ce dilemme de la dernière photo devient un challenge de « sauve-qui-peut » pour ces héros malgré eux. Ils vont comprendre que derrière ce geste faussement anodin se trouve une vérité plus amère et terrible.
Vous désirez en savoir plus ? Car oui, la lecture en vaut vraiment le coup ! N'hésitez donc pas à franchir la frontière de cette couverture aux allures de yin et de yang !

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