Randonnées d'un cycliste social-démocrate
Jean et Hélène se sont rencontrés sur une piste cyclable, ils se sont aimés, ils ont parcouru l'Europe à vélo, de Paris à Prague pour faire la révolution, de Paris à Biarritz pour sauver leurs âmes, autour du Lac de Constance pour affronter les tempêtes, le long du Danube pour fuir la révolution. Les pneus ont crevé, les cols ont été vaillamment franchis. Nos héros ont brûlé sous le soleil, frissonné sous la grêle, piétiné la moquette des chambres d'hôtel pour calmer les crampes, se sont perdus dans la boue, ont été mordus par des chiens et rafraîchis par des paysans compatissants. Ceux qui les regardent, les admirent parfois, les frôlent avec vos voitures, les encouragent de leurs cris, ne savent pas ce qu'il se passe dans la tête des cyclistes pendant qu'ils appuient sur les pédales. Pour la première fois, les secrets des randonneurs vous sont révélés. Vous apprendrez que les cyclistes sont d'abord des êtres humains qui souffrent et savourent, rient et pleurent, dérapent sur le gravier et grimpent au septième ciel. Vous pensez que les randonneurs sont des ermites qui fuient le monde et son agitation. Erreur. Le vélo est un instrument qui explore les bruits et les fureurs de notre temps. Pèlerins, agitateurs, croisés, prophètes, seuls les cyclistes sont capables de répondre aux grandes questions : "d'où je viens ? où je vais ?" Une épine qui crève la chambre à air, un gravier qui fait déraper, une branche qui se coince dans la chaîne, sont autant d'épreuves initiatiques. Rien ne les protège d'un nuage qui crève, du vent qui freine. Un moment, ils sifflotent en roue libre, l'ombre des arbres les rafraîchit, ils sont au paradis. L'instant d'après, ils se blottissent sous l'averse et maudissent le ciel. Puis, en hiver, quand les saison des courses s'arrête, ils invitent leurs amis autour d'un feu de cheminée et racontent leurs aventures.
