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Notes pour Eros

Notes pour Eros

Auteur : Jean-Pierre Nédélec

Editeur : La Part Commune

« Bien des images la poursuivront cette nuit, et les suivantes. Des regrets peut-être. Elle reviendra.
Et c’est ce moment, celui où, la serviette tombée, elle feindra encore une dernière pudeur, en se tournant, avant de s’asseoir à l’ombre d’un voile de vapeur, c’est ce moment-là que je guette, assuré d’entendre la chamade de son cœur. »
« Je me suis dit que vous aviez eu de la chance de vivre à une époque où la notion de plaisir restait une notion civilisatrice », confiait Marguerite Yourcenar à Natalie Barney.

10,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-8441-8101-5
Extrait

Langée dans l’épaisse serviette, préservée de la moindre impudeur, elle guidait son jeune complice dans le labyrinthe des cabines borgnes, à l’arrière du sauna. Ses commentaires empruntaient à l’application d’un défenseur du patrimoine ; elle ornait chaque station d’une anecdote piquante.

Elle s’arrêta devant celle que traverse une longue vitre dédiée aux regards indiscrets, et, à la manière d’une conteuse, chaque syllabe retenue, l’œil rond et malicieux, le doigt pointé :

« Un soir — il y avait tellement de monde — à la fenêtre — quand je suis sortie — si j’avais tendu ma sébile — je faisais — ma fortune ! ».

Le jeune homme, enjoué, se veut bon public : « Oh ! la perverse ! ».

***

Pénombre et vapeur, le couple s’assied sur la margelle de céramique qui ceinture le hammam.
Un tiers se glisse vers la jeune femme. Son mentor s’interpose sèchement : « Elle n’est pas intéressée, nous ne sommes pas ici pour ça ».
Suit, en marmonnant, une défense et illustration de la recherche de bains sans arrière pensée, sans sexe, etc…
Plus tard, dans l’atrium, en pleine lumière, l’homme ôte la serviette de sa compagne, l’aide à pivoter. Recto, verso : « Vous voyez, juste la marque d’un léger string », maquignonne-t-il, à l’adresse d’un couple plus âgé.
La jeune femme était belle. Seul me reste l’éclat de son diamant noir.

***

Ils accompagnent un couple d’habitués.
Sur les gradins de bois du sauna, les jeunes gens gardent serviette autour des reins.
à peine vingt ans. Petits seins fiers, la jeune fille babille, questionne, s’intéresse aux bienfaits de ces bains de chaleur.
Le garçon est silencieux, replié sur son squelette adolescent. Est-il certain de vouloir être là ?
Chaque homme la désire et son babil lui tient lieu d’armure. Elle reviendra quelques jours plus tard. Seule.
La serviette est tombée.
Je l’ai entendue gémir, puis hurler, pour chaque homme venu lever les sanglots du plaisir.
Les deux hommes côte à côte dans le bouillonnement du jacuzzi. Seules dépassent de l’eau têtes et épaules.
Quelques mots échangés. Esquisse de sourire. Silence. Apparente inertie.
L’un ferme les yeux. L’autre entrouvre les lèvres, soupçon d’un soupir qui ne franchit pas la gorge.
La tension est là, à peine perceptible. Je retiens ma respiration quand je comprends qu’ils jouissent d’une mutuelle caresse.

***

Les deux garçons ont laissé la porte de la cabine ouverte. L’un en travers du lit, sur le dos, cambré par le plaisir que lui dicte la bouche de l’ami agenouillé.

Il se redresse et retourne son partenaire.

Coup de rein.

Sec.

Sur le lit, le corps se tord et tressaute, comme atteint de plusieurs impacts de balles.

Elle est grosse ; fesses lourdes, cuisses épaisses, ventre rebondi. On devine à peine la toison camouflée en repli. Ce sont les seins surtout qui sont remarquables ; énormes mamelles envahissant le tronc.

Je comprends vite qu’elle est une fidèle des bains et s’offre ainsi des hommes jeunes, minces, ardents.

Et gourmande avec ça !

Au hammam d’abord. Elle s’y laisse approcher et dans la pénombre vaporeuse les jeux de mains s’activent.

Le temps de choisir deux apprentis athlètes, parfois trois, qu’elle conduit vers une cabine. A la saillie, messieurs !

Commence alors ce festival de hurlements, ponctués de franches fessées. Le temps ne compte plus.

Bien plus tard, elle s’échappe légère, le regard halluciné qu’une douche efface aussitôt.

Je la surprends, peu après, dans une pièce discrète, lèvres ouvertes sur le vit d’un nouvel éphèbe, en branlant simultanément deux autres.

Santé, Geneu!

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