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Tombeau de Georges Perros

Tombeau de Georges Perros

Auteur : Daniel Kay

Editeur : La Part Commune

Dans la tradition du tombeau poétique, telle que l’illustra notamment Mallarmé, les poèmes de ce livre tentent d’aller au delà du simple hommage ou de l’exercice d’admiration.
L’écriture tente ici (sans jamais figer dans la borne ou la stèle) un dialogue vivant et fraternel avec ces deux voix chères qui se sont tues mais qui n’ont cessé de nous parler dans des œuvres fortes et inoubliables comme les Papiers collés ou Ma vie sans moi.

10,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-8441-8130-5
Extrait

Papiers collés, décollés, rapiécés

avec du scotch, de la colle, papiers
mâchés, rongés, érodés, échancrés,
cousus paresseusement, tout ceci finit
par faire un beau livre, Monsieur Perros,
un livre qu’on tient comme un galet
avec une main fraternelle.


Pratique de la note


Il faut savoir lancer ses filets,
relever ses casiers, lancer ses harpons,
aller à la pêche au moi. Il n’y a pas mieux que l’Océan et son programme d’essorage
pour dissoudre les graisses
et faire reluire au fond des grottes
de petits poissons multicolores aux arêtes
cassantes comme des brise-larmes.
Il écrivait l’amythié avec ce y
un peu vieilli mais toujours rebelle
comme s’il voulait du fond
de sa turne placarder
de beaux et grands yeux
avec les punaises
un peu gauches de l’alphabet.
De Douarnenez à Brest où il dispensait
ses savants cours d’ignorance
il fallait passer par Locronan
et traverser le Menez Hom
sur une vieille moto. Il a le temps
de penser aux pyramides d’égypte,
aux routes rimbaldiennes, aux genêts
qui explosent en grappes
sur les granits et aux résultats
de la stella maris écrits depuis une courte
éternité sur la carte d’un ciel versatile.


Nox


Comme dans les romans noirs un destrier
métallique cingle dans la nuit sur la
lande rase. Pipe au bec un curieux
cavalier fonce vers l’océan en
emportant sur sa monture
Flaubert et Maxime
Du Camp avant de
sombrer dans le
terrible précipi-
-ce l’aube bien-
-veillante dissout
sa horde de monstres
et les paroles de l’Ecclésiaste.


Pratique de l’aphorisme


Il écrivait des aphorismes : allumait ses clignotants.


Lettre


Toi que je n’ai pas
connu je te revois marchant
devant la mer surtout
j’entends ta voix ini-
-mitable qui chuchote
encore malgré la mort. La
vie tu le savais est une
pièce de Tchékhov. Höl-
-derlin l’avait dit : les dieux
nous ont joué des tours
en nous laissant seuls
sur le rivage. Quand
ta voix s’est perdue
tu as dû écrire au jour
le jour des mots
volés à la camarde,
sans trop te faire re-
-marquer, tu ne voulais
pas d’un chahut
à réveiller tes co-
-pains les morts !


Stèle


Il n’a pas écrit la Chartreuse de Parme,
il n’a pas écrit comme Perse,
on ne sait s’il a vraiment voulu faire
ce qu’on appelle une Œuvre.
Il écrivait dans les trous, les flaques,
il aimait coudre et découdre.
L’ardoise qu’il laissa en partant
fut magique ; en attendant sa craie
continue à distraire
l’éternelle gosserie qui s’ébroue
insoucieuse dans la blanche écume.


Un rêve

Tu rencontres Gérard Philippe sur la plage dans les bottes du Cid ou celles du Prince de Hombourg. Sur le sable, il te fait une passe et vous échangez quelques ballons. Puis vous vous retrouvez sur l’île de Sein en train de boire un rouge. Dans le rade, tu crois reconnaître Borges qui joue du bandonéon et t’invite à danser le tango. Quand la mer boxe ta porte, furieuse, tu te réveilles enfin sous ses coups aussi redoutables que les piles de manuscrits !

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