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La fille de la Chauve-souris

La fille de la Chauve-souris

Auteur : Nana Mouskouri

Editeur : Xo

Athènes, 1946.

Dans cette ville qui se remet à peine de ses années de guerre, une petite fille gauche monte sur la scène du conservatoire., Voilà deux ans qu'elle attend ce moment. Elle se lance d'une voix mal assurée, et le miracle se produit : elle oublie sa peur et ses complexes, laisse la musique prendre possession d'elle et l'émotion la guider. À la dernière note, la salle est muette de stupéfaction. Puis des tonnerres d'applaudissements éclatent. Nana Mouskouri a subjugué l'auditoire. Cette sensation, Nana ne l'oubliera jamais. Rien ne compte désormais que l'amour que l'on porte à sa voix, que la liberté qu'elle ressent lorsque les notes prennent vie.
Pour la première fois, Nana Mouskouri accepte d'ouvrir la porte de ses souvenirs. Son père qui perd tout au jeu mais sait faire naître le rêve grâce aux films qu'il projette. Sa mère qui se bat pour que ses filles mangent tous les jours, quitte à se sacrifier. La Grèce des années sombres de la guerre, ses débuts dans des boîtes de nuit.
Et sa carrière si magistrale. Ses amitiés avec les plus grands, ses tournées triomphales dans le monde entier, les 400 millions d'albums qu'elle a vendus - un record que seuls les Beatles ont battu.

À l'heure d'entamer sa tournée d'adieu à travers le monde, elle met de côté sa légendaire timidité pour partager une carrière et une vie exceptionnelles.

21,90 €
Vendeur : Amazon
Parution :
192 pages
ISBN : 978-2-8456-3311-7
Extrait

C'est quoi la guerre ?

C'est une nuit de printemps. Le cinéma est vide, la séance est finie depuis longtemps, et cependant on ne va pas se coucher. Mon père est descendu en nage de sa cabine de projection et il est venu nous rejoindre sur la petite scène en plein air, au pied de l'écran. Je ne me souviens plus du film qu'il vient de projeter, mais il devait être bien, sinon nous n'aurions pas eu la permission de le regarder. Maman semble rêveuse et, par moments, elle a ce geste familier pour arranger ses cheveux que le vent décoiffe. Ma grande soeur Eugénie contemple les étoiles, puis subitement elle revient au film pour nous dire combien elle a aimé tel ou tel moment. Tiens, est-ce que ça n'était pas Le Magicien d'Oz, avec Judy Garland ? Je ne sais plus, c'est possible, nous avons tellement vu et aimé Le Magicien d'Oz... En tout cas, Eugénie s'enflamme, et maman lui sourit distraitement comme si elle était ailleurs. À quoi pense-t-elle ? À papa, peut-être, qui s'est assis un peu à l'écart et qui fume depuis un instant, tout en considérant les chaises de son cinéma, comme s'il devait les compter et les recompter. Combien y en a-t-il, d'ailleurs ? Quarante ? Cinquante ? Les jours de pluie, nous l'aidons à les plier pour les mettre à l'abri.
Nous sommes là, tous les quatre assis sur la petite scène au pied de l'écran, les jambes ballantes, quand soudain un grondement envahit le ciel. On dirait la venue d'un orage, le roulement lointain du tonnerre, et je me rappelle combien maman semble surprise, au point de s'écrier :
- Tu entends, Costa ? Qu'est-ce que c'est ?
Eugénie s'est tue, papa a levé les yeux vers les montagnes puisque c'est de là-bas que ça provient. Il a le temps de répéter «Je ne sais pas... Je ne sais pas...», et brusquement il sait, nous savons : le ciel se couvre d'ombres noires en forme de croix. Très vite, il y en a tellement qu'elles nous cachent les étoiles.
- Mon Dieu, dit ma mère, des avions !
Durant tout le temps où ils survolent Athènes, faisant trembler le sol, nous creusant sourdement le coeur, papa se tait, comme pétrifié. C'est un spectacle ahurissant, terrifiant, si je me le remémore aujourd'hui à la lumière des chagrins qu'il annonce. Mais, sur le moment, je n'ai pas peur. Il nous est arrivé de voir un avion, c'était même un événement qui nous faisait courir et sauter de joie, Eugénie et moi, mais autant d'avions, et au milieu de la nuit, jamais nous n'aurions imaginé cela possible. D'où viennent-ils ? Où vont-ils ? Que font-ils ?
Je me souviens des trois mots inaudibles de mon père, à la fin, quand le grondement s'estompe :
- C'est la guerre.
La guerre ? Je n'avais jamais entendu ce mot-là.
- C'est quoi, la guerre ?
Mais papa ne m'écoute pas. Il a déjà sauté au bas de la petite scène.
- Aliki, dit-il à ma mère, rentrons, ne restons pas dehors.

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