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Faut-il croire les mimes sur parole ?

Faut-il croire les mimes sur parole ?

Auteur :

Editeur : Au Diable Vauvert

Sélection Rue des Livres

« Quand j’étais petite, je croyais que pour le ski nautique, il fallait des lacs en pente. À la mer, je buvais allégrement la tasse en rêvant avoir trouvé la source de jouvence. Après tout le sel conserve la viande. Les médecins devraient y penser dans les hospices. Et puis j’étais convaincue qu’en laissant fondre les flocons de neige sur ma langue, j’allais avoir accès aux souvenirs des montagnes, des arbres, des pierres, des groseilles, des biches, des autres êtres humains, bref de l’existence toute entière. »

Après Vous avez le droit d’être de mauvaise humeur, ce second recueil place cette jeune écrivaine aux côtés de Ravalec et Gunzig parmi les premiers talents français de la nouvelle.

Conduit par un style tout en nuance, qui vous fait avancer l’air de rien de glissements de sens en associations de mots et d’idées, le lecteur ne sort pas indemne de ces nouvelles… et les personnages de Céline Robinet non plus ! La vie de famille se révèle être une émouvante et terrible mascarade, les instants de gloire ne sont jamais ceux que l’on croit… sous les apparences, les mots vont débusquer de bien profondes lézardes.

Le ton ici se fait plus grave, l’auteur explore, avec sa poésie joueuse et son humour grinçant, des univers anodins, qui, par la magie des mots, prennent une dimension inattendue.

Née en 77 près de Valenciennes, traductrice de l'allemand et de l'espagnol, Céline Robinet slame, écrit et joue des sketches comiques. Elle vit à Berlin.

18,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
237 pages
ISBN : 978-2-8462-6127-2
Extrait

Willy. C'est le nom de mon chien. Un esquimau du Groenland, vrai de vrai. Willy, il est tout simple­ment for-mi-dable. Vous imaginez un chien qui vous réveille avec une heure de décalage suivant l'heure d'été, qui ne fait jamais, jamais la gueule, même quand j'oublie son anniversaire, et puis qui a l'odeur du miel ? Quand j'ai la grippe, je trempe son museau dans un bol de lait, c'est mieux que du sirop pour la toux. Quant au petit bruit de ses pattes sur le carrelage, il ressemble à un sac de diamants qu'on soupèse dans sa main. Willy, c'est mon ami.
Sinon, je suis fille unique. Papa n'a pas le temps, et maman non plus. Il est dentiste, elle psychiatre. Drôle de mélange. Finalement ça se ressemble. Ils demandent tous les deux aux gens de s'allonger, puis d'ouvrir la bouche. La différence, c'est que maman les fait parler et papa les en empêche. Il leur pose quand même des questions, en train d'inspecter la molaire du fond ou de pomper la salive, il veut savoir comment va la famille, le travail ? Après toutes ces années, il n'a toujours pas compris que personne ne pou­vait parler avec une main dans la bouche.
À l'école, les autres se moquent. Dentiste, ça ne fait rêver personne. Tout le monde sait ce que ça veut dire : respirer toute la journée l'haleine d'inconnus, soigner des caries, des plaies, des malformations, des bouches écrasées, arracher, faire attention aux nerfs, travail minutieux dans 6 cm3, pas le choix, fraise, disque, bistouri comme prolongement des doigts. Quelle dextérité. Moi, j'essaie de faire comme papa. Je m'exerce à effectuer des gestes précis, une miniature de gestes. Mes Barbie n'ont pas de dents alors je leur arrache les ongles, je les dépose un à un sur mon oreiller, puis j'éponge le contour de leurs doigts avec du coton. Ensuite j'insère un poil de ma brosse à dents dans le trou prévu pour les bagues, ou je leur couds des vêtements avec du fil dentaire, ou bien avec mes cheveux, alors là il faut faire très attention à ne pas tirer trop fort sur l'aiguille, les cheveux cassent facilement. Mes Barbies, je les soigne.

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