Les enfants de Hansen
Le titre du roman de Ognjen Spahic fait référence à Armauer Hansen, bactériologiste norvégien, qui identifia pour la première fois en 1873 l’agent pathogène de la lèpre, également appelée depuis maladie de Hansen.
C’est en effet dans la dernière léproserie d’Europe, en Roumanie (à Tichilesti pour être exact, bien que le nom ne soit pas cité) que l’auteur situe l’action de son roman. Celle-ci débute en avril 1989. En ce lieu coupé du monde se trouvent regroupés des malades provenant de divers pays d’Europe et même d’Amérique – comme Robert W. Duncan, le compagnon de chambre du narrateur. Ces êtres ont connu des destinées fort diverses qui les ont amenés à contracter la funeste maladie, et le lecteur apprend comment ils se sont retrouvés là. Le peu qu’ils peuvent désormais apercevoir du monde extérieur est une cimenterie, située non loin de l’établissement. Mais il n’y a aucun contact entre la communauté des malades et celle des bien portants.
La tension commence à monter lorsque Robert W. Duncan offre au narrateur, pour son anniversaire, un faux passeport, que celui-ci s’empresse de cacher. Une évasion est donc prévue, dont les circonstances demeurent encore bien mystérieuses. Petit à petit, la violence gagne la léproserie, le narrateur est même amené à tuer un des pensionnaires. Parallèlement, il semble se passer des choses étranges à la cimenterie. Un beau matin, on s’aperçoit que l’effigie de Ceaucescu, qui en orne un des murs, a été malmenée. L’émeute de décembre 1989, qui fera tomber Ceaucescu, éclate. Dans la léproserie, il ne reste presque plus personne, les uns s’étant entretués, les autres étant morts de leur maladie. Le narrateur et Robert W. Duncan profitent du désordre général pour s’échapper… Mais parviendront-ils à gagner l’Occident ? La question reste en suspens.
L’ironie du sort veut que, lorsque la succession des époux Ceaucescu a été réglée, leurs vêtements ont été attribués aux lépreux de Tichilesti qui étaient restés bien plus nombreux dans la réalité que dans la fiction !
Les enfants de Hansen a reçu le prix Meša Selimovic 2005.
