| Mandat de perquisition De Raul Rivero Editeur : Al Dante Parution le : 3 Juin 2003
La langue de Raul Rivero est comme sa peine et sa colère : " rentrée ", contenue, elle délaisse l’éclat au profit de la force. Refusant l’exil, le poète cubain égrène les souvenirs d’un pays qui l’a quitté. Aux investigations policières, son Mandat de perquisition oppose un patient repli sur soi, l’éphéméride d’une vie hors d’atteinte car déjà révolue. De ce passé, Raul Rivero tire le fil du bonheur, une nostalgie dont l’amertume elle-même est une saveur — " Rêver à La Havane est un exercice complexe et beau. " Un réquisitoire violent par sa simplicité : de même qu’il désigne les femmes aimées par leur nom, Raul Rivero nomme la dictature par ses réalités, faisant apparaître l’étrangeté de ce régime par contraste, en mêlant description du présent et invocation de la douceur perdue — celle des amours et de la liberté.
Remplaçant la délation par l’incantation, le poète s’obstine ainsi à résister, de façon ténue mais jamais étouffée : " J’arrive à être agréable et irritant / j’administre une gravité clairsemée et bénie / qui m’interdisent le bonheur et la punition. "
Arrêté à Cuba en même temps que 77 autres dissidents — au moment de la guerre en Irak — accusés de " complot contre-révolutionnaire " sous la houlette de la représentation des Etats-Unis à La Havane, Raúl Rivero a été condamné à 20 ans de prison le 7 avril 2003.
Il tombe ainsi sous le coup de la Loi de protection de l'indépendance nationale, dénommée " loi bâillon ", qui punit sévèrement la collaboration avec des médias non officiels, l'acceptation de rétributions ou de dons non autorisés par le gouvernement, la possession ou la distribution de " matériel subversif ", ainsi que la perturbation de l'ordre publique par des manifestations dissidentes. Le procureur a en outre retenu contre Raúl Rivero ses " articles subversifs " visant à " discréditer " les institutions cubaines, et l’a accusé de collaborer avec l’association Reporters sans frontières ainsi qu’avec Radio Marti, station financée par Washington et dont les émissions sont destinées à Cuba. " Je ne conspire pas, j'écris ", a simplement expliqué Raúl Rivero lors de l'audience.
(titre original : Orden de registro)
bilingue - traduit de l’espagnol (Cuba) par Jacobo Machover.
Une poésie de la résistance. |