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La petite trotteuse
De Michèle Lesbre
Editeur : Sabine Wespieser
Parution le : 1 Août 2005

Au hasard d’un déménagement de sa mère, la narratrice tombe sur une boîte où est remisé tout de qui reste de son père : entre autres papiers, un certificat de démobilisation, le câblogramme annonçant sa naissance, et puis une montre.
« D’un geste machinal, j’avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J’avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d’un seul coup. »
Depuis qu’elle a retrouvé cette montre, qui ne la quitte pas, la narratrice s’est elle-même mise en mouvement : suivant une impulsion implacable, elle visite des maisons, comme pour retrouver le lieu d’un rendez-vous manqué.
Alors qu’elle est au bout de son improbable quête, le présent se substitue de plus en plus souvent, en autant de fondus enchaînés, à des scènes de sa vie passée : dans l’hôtel où elle s’est installée, le gros chat orange la renvoie à celui qui l’attend quelque part, mais aussi au compagnon de ses jeux de petite fille ; les pas de son voisin se superposent à ceux de son père, lourds de chagrin ; l’ombre de sa mère, silhouette frivole, rôde…
Dans la maison du bord de mer, dernière étape du périple, la houle des souvenirs l’assaille : les images de son enfance qui commença avec la guerre, celles des uniques vacances en famille, un désastre, celles d’esquisses de maisons aussi, dessinées par un père triste et mystérieux, mort trop tôt et avec qui pourtant elle n’a pas cessé de s’entretenir.
Peu à peu se construit, sous nos yeux, et presque à l’insu de la narratrice, un magnifique et subtil roman des origines : les fils de sa vie se dénouent, elle comprend, à la faveur des scènes qui se superposent dans son esprit, sa fascination pour le théâtre et son désir constant de trouver dans les mots des autres un début d’explication. Ses engagements politiques enfin s’éclairent à la lumière des idées qu’elle soupçonne avoir été celles de son père… et elle connaît enfin l’apaisement.
Jamais Michèle Lesbre n’est allée si loin dans l’entrelacement de son expérience intime et de la fiction, et jamais elle n’a montré de manière si lumineuse le pouvoir rédempteur des mots, qu’elle tisse comme un enchantement.

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