Manque. L'amour de Phèdre
A la fin de la première représentation d'Anéantis dans la petite salle du Royal Court Theatre à Londres, le 17 janvier 1995, les applaudissements étaient plutôt maigres. A part une personne demandant une censure plus sévère, rien ne laissait attendre le scandale qui éclaterait quelques jours plus tard dans les médias britanniques faisant de Sarah Kane immédiatement un auteur connu et, en même temps, très controversé. Aujourd'hui, nul doute n'est permis, elle est l'un des auteurs dont l'oeuvre aura marqué la fin de ce siècle. Née le 3 février 1971 à Brentwood, dans le comté de l'Essex, Sarah Kane a suivi des études dans les départements d'études théâtrales des universités de Bristol et de Birmingham. Après Anéantis, elle a mis en scène en 1996 sa deuxième pièce L'Amour de Phèdre au Gate Theatre à Londres puis en octobre Woyzeck de Büchner. Sa troisième pièce Purifiés fut créée au Royal Court Theatre en 1998. La même année, plus précisément à l'occasion du festival d'Edimbourg en août 1998, a eu lieu la création de Manque, sa dernière pièce. Sarah Kane s'est suicidée à Londres le 20 février 1999. Edward Bond disait de Sarah Kane qu'elle devait affronter "l'implacable ": "On ne peut retarder la confrontation que si l'on est certain qu'elle aura lieu à un moment donné. Sinon elle s'esquivera. Tout ce que faisait Sarah Kane avait de l'autorité. Pensant que la confrontation ne pourrait peut-être pas avoir lieu dans notre théâtre [...] et ne pouvant pas prendre le risque d'attendre, elle l'a représentée ailleurs. Les moyens d'affronter l'implacable sont la mort, les toilettes et les lacets de chaussures. Ils sont le commentaire qu'elle avait fait sur la perte de sens de notre théâtre, de nos vies et de nos faux dieux. Sa mort est la première mort du XXIème siècle." L'Amour de Phèdre est une version contemporaine de la pièce de Sénèque qui traite de la corruption sexuelle d'une famille royale. Manque est moins une pièce qu'un poème inspiré par La Terre vague de T. S. Eliot. Quatre personnes qui d'abord semblent ne pas se connaître parlent de leurs désirs qui les consument.
