Stella
Les Souffrances du jeune Werther étaient parues un an avant et l'avaient rendu célèbre. Goethe, en 1775, à l'âge de vingt-six ans, était le meneur de l'avant-garde de la littérature allemande et plus jamais dans sa vie il n'aura eu tant d'influence sur ses contemporains. Stella, comme le dit son sous-titre, est une pièce "pour ceux qui s'aiment". Elle naît entre ses travaux d'avocats, ses fiançailles avec Lili Schönemann, la quasi-rupture de ces fiançailles, de longs voyages et une vie sociale animée. "Je danse sur la corde et ma vie s'en va ainsi". La création de Stella à Hambourg par une troupe bien connue fait grand bruit. L'influent pasteur protestant Goeze obtient l'interdiction de la pièce. Quelle est la cause du scandale ? Un rêve masculin qui voudrait qu'un homme puisse aimer deux femmes. Et que les deux femmes s'y résignent ou mieux l'acceptent la joie au coeur. Presque trente ans après, pour une représentation à la cour de Weimar où il occupe une haute fonction - il est ministre de la justice - Goethe modifie la fin de la pièce et lui donne une fin tragique. L'une des femmes, Stella, prend du poison et Fernando se tue d'un coup de feu. Bien que cette fin réponde mieux à l'attente du public et par ailleurs au bon sens, Goethe fait paraître, un an plus tard, la première version avec sa fin "utopique". C'est seulement dans la deuxième édition de ses oeuvres complètes que paraît la deuxième version et il semble que Goethe à la fin de sa vie ait complètement écarté son rêve de jeunesse. La pièce sera représentée dans une mise en scène de Bruno Bayen à partir du 20 avril à la MC 93 de Bobigny.
