| Hugo, le génie et la montagne De Baldine Saint Girons Editeur : L'Amateur Parution le : 15 Septembre 2004
Attribuer à la montagne du génie n'est pas vraiment original. En revanche, retourner la métaphore pour transformer le génie en montagne qu'il faut escalader mètre après mètre, avec toute sa force physique, sentante et pesante, seul ou encordé, voilà qui est vraiment nouveau. Le génie est comme la montagne. Il est lourd, et volumineux, proche du soleil. Hugo n'est pas un montagnard à proprement parler ; disons que la "montagne Hugo", tout le bonhomme, ce qu'il est admis de regarder comme un colosse en bien des genres littéraires écrivit sur la montagne des lettres très peu connues et laissa des dessins systématiques de reliefs, proches de la tradition graphique chinoise. En effet, si Hugo pense aussi originalement les rapports de la montagne et de l'art, c'est parce qu'il est non seulement un grand poète, mais aussi un grand dessinateur et un marcheur aventurier qui "entre" avec tout son corps dans le paysage. On sait qu'il se voulait d'abord poète et considérait son activité graphique comme un délassement destiné à l'amuser "entre deux strophes". Entre les dessins de Hugo, exécutés d'inspiration, forts inventifs mais assez peu savants, il faut bien le reconnaître, et son écriture dont la fougue s'accompagne d'une haute technicité, on sent que le déplacement d'activité créatrice a une portée essentielle : le dessin lave des défauts de la littérature et la littérature de ceux du dessin. |