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Le syndrome d'Ulysse

Le syndrome d'Ulysse

Auteur :

Editeur : Editions Métailié

Paris est toujours un merveilleux fantasme pour les jeunes écrivains latino-américains, Esteban vient y étudier la littérature, mais il y découvre aussi la pluie, le froid, la solitude et la plonge dans le sous-sol d'un restaurant coréen. Il rencontre d'autres émigrés, coréens, marocains, latino-américains, roumains, africains, tous porteurs d'une histoire qu'ils nous racontent avec sincérité. Tous jeunes, désespérés, inventifs et sans le sou, ils trouvent le salut dans leur solidarité, leur amitié, et se raccrochent à l'unique chose qui leur prouve leur humanité : le sexe. À travers lui, ils se retrouvent égaux et peuvent croire un instant que tout peut changer. Esteban est un amoureux maladroit, sincère et volage, qui souffre de la jalousie et de l'abandon tout en pratiquant avec enthousiasme une vie érotique échevelée et drôle qui le conduira à ce pour quoi il est venu à Paris, l'écriture.

Romancier traitant avec une infinie tendresse ses personnages ballottés dans un monde de misère et de désespoir, Santiago Gamboa se place à l'ombre de Henry Miller pour nous raconter avec distance et un humour exceptionnel ces Jours tranquilles dans un Paris moderne au coeur de la mondialisation. Un roman prenant, juste, plein d'énergie vitale, et magnifiquement écrit.

Santiago Gamboa est né à Bogota en 1966. Journaliste, il a vécu en Espagne, en Italie et en France. Il est actuellement attaché culturel de la Colombie à l'Unesco. Il est l'auteur de Perdre est une question de méthode, Les Captifs du lys blanc et Esteban le héros.

21,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
368 pages
ISBN : 978-2-8642-4617-6
Extrait

Je suis coréen, mais au sens le plus triste du terme, c'est-à-dire coréen du Nord. Je ne veux pas que vous pensiez que les Coréens du Nord sont tristes, surtout pas ! En réalité, on est très gais ! Quand je dis triste, je pense à ce qui nous arrive. La richesse de Séoul n'a rien à voir avec nous. Je m'appelle Jung Ye-woo. Je suis né à Pyongyang en 1940. L'école publique m'a appris à révérer Kim Il-sung, Lénine et Staline. Je parle russe et chinois, et depuis que je suis à Paris je parle aussi le français, un français approximatif qui fait râler notre patron, qui le parle encore moins bien que moi, voilà pourquoi il m'a relégué dans les profondeurs de son établissement. Le patron est coréen du Sud, de Séoul, et il possède six restaurants à Belle-ville. Ma vie ? Quelle ironie ! Arriver jusqu'ici, avec toutes les difficultés que j'ai dû surmonter, et finir par être exploité par un autre Coréen !
Mon histoire ressemble à celle de la plupart de mes compa­triotes. À vingt-cinq ans, j'ai voulu m'enfuir de la République démocratique populaire de Corée, pas par anticommunisme ou antipatriotisme, pas même parce que j'étais pro-occidental. Je me suis enfui parce que je voulais faire de ma vie ce que je voulais. J'acceptais même l'idée d'être communiste, mais je voulais le décider moi-même, vous voyez ce que je veux dire ? Sans parler de la pénurie de nourriture, de médicaments, de distractions, de livres. J'ai épousé Min Lin, une jeune fille d'Ondok, dans le Rajin-Sonbong, et j'ai eu une fille. Qui est morte à sept ans. Comme on n'avait pas de lait, la mère ne pouvait lui donner que des bouillies de maïs et au bout d'un an la petite était aveugle, victime d'avitaminose. Le gouvernement de Kim U-sung, le père, nous accordait cinq kilos de riz par mois, mais c'était insuffisant pour sa croissance. Quand notre fille est morte, ma femme, Min Lin, a perdu le goût de vivre. Elle a fait une dépression et a tenté de se suicider. Elle a avalé un sachet de verre pilé, ce qui lui a valu quatre mois d'hôpital. À la sortie, elle a été arrêtée, car en Corée du Nord le suicide est interdit. Elle avait été dénoncée par une collègue à qui elle s'était confiée. Moi, j'ai perdu mon travail, justement dans une fabrique de verre, la plus grande de Pyongyang, et j'ai été très fortement soupçonné. C'est alors que j'ai décidé de m'enfuir.

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