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Le syndrome d'Ulysse
De Santiago Gamboa
Editeur : Editions Métailié
Parution le : 23 Août 2007

Paris est toujours un merveilleux fantasme pour les jeunes écrivains latino-américains, Esteban vient y étudier la littérature, mais il y découvre aussi la pluie, le froid, la solitude et la plonge dans le sous-sol d'un restaurant coréen. Il rencontre d'autres émigrés, coréens, marocains, latino-américains, roumains, africains, tous porteurs d'une histoire qu'ils nous racontent avec sincérité. Tous jeunes, désespérés, inventifs et sans le sou, ils trouvent le salut dans leur solidarité, leur amitié, et se raccrochent à l'unique chose qui leur prouve leur humanité : le sexe. À travers lui, ils se retrouvent égaux et peuvent croire un instant que tout peut changer. Esteban est un amoureux maladroit, sincère et volage, qui souffre de la jalousie et de l'abandon tout en pratiquant avec enthousiasme une vie érotique échevelée et drôle qui le conduira à ce pour quoi il est venu à Paris, l'écriture.

Romancier traitant avec une infinie tendresse ses personnages ballottés dans un monde de misère et de désespoir, Santiago Gamboa se place à l'ombre de Henry Miller pour nous raconter avec distance et un humour exceptionnel ces Jours tranquilles dans un Paris moderne au coeur de la mondialisation. Un roman prenant, juste, plein d'énergie vitale, et magnifiquement écrit.


Santiago Gamboa est né à Bogota en 1966. Journaliste, il a vécu en Espagne, en Italie et en France. Il est actuellement attaché culturel de la Colombie à l'Unesco. Il est l'auteur de Perdre est une question de méthode, Les Captifs du lys blanc et Esteban le héros.

  • Littérature étrangère
  • Extrait

    Je suis coréen, mais au sens le plus triste du terme, c'est-à-dire coréen du Nord. Je ne veux pas que vous pensiez que les Coréens du Nord sont tristes, surtout pas ! En réalité, on est très gais ! Quand je dis triste, je pense à ce qui nous arrive. La richesse de Séoul n'a rien à voir avec nous. Je m'appelle Jung Ye-woo. Je suis né à Pyongyang en 1940. L'école publique m'a appris à révérer Kim Il-sung, Lénine et Staline. Je parle russe et chinois, et depuis que je suis à Paris je parle aussi le français, un français approximatif qui fait râler notre patron, qui le parle encore moins bien que moi, voilà pourquoi il m'a relégué dans les profondeurs de son établissement. Le patron est coréen du Sud, de Séoul, et il possède six restaurants à Belle-ville. Ma vie ? Quelle ironie ! Arriver jusqu'ici, avec toutes les difficultés que j'ai dû surmonter, et finir par être exploité par un autre Coréen !
    Mon histoire ressemble à celle de la plupart de mes compa­triotes. À vingt-cinq ans, j'ai voulu m'enfuir de la République démocratique populaire de Corée, pas par anticommunisme ou antipatriotisme, pas même parce que j'étais pro-occidental. Je me suis enfui parce que je voulais faire de ma vie ce que je voulais. J'acceptais même l'idée d'être communiste, mais je voulais le décider moi-même, vous voyez ce que je veux dire ? Sans parler de la pénurie de nourriture, de médicaments, de distractions, de livres. J'ai épousé Min Lin, une jeune fille d'Ondok, dans le Rajin-Sonbong, et j'ai eu une fille. Qui est morte à sept ans. Comme on n'avait pas de lait, la mère ne pouvait lui donner que des bouillies de maïs et au bout d'un an la petite était aveugle, victime d'avitaminose. Le gouvernement de Kim U-sung, le père, nous accordait cinq kilos de riz par mois, mais c'était insuffisant pour sa croissance. Quand notre fille est morte, ma femme, Min Lin, a perdu le goût de vivre. Elle a fait une dépression et a tenté de se suicider. Elle a avalé un sachet de verre pilé, ce qui lui a valu
    ... Lire la suite


    Commentaires Amazon

    2007-10-01Note : 5/5
    Très bel ouvrage !
    La technique remarquable qui laisse à chaque protagoniste le soin de « s'auto présenter » en utilisant la 1° personne permet cette fluidité dans le style.
    Nous pouvons « changer » d'histoire, de pays (Colombie, Corée, Maroc, etc. ...) de ton, chacun racontant pourquoi et comment il est arrivé à Paris.
    Nous « entendons » la voix de chaque personnage directement sans avoir à passer par le narrateur.
    Nous ne nous ennuyons pas une seconde. Bravo Monsieur Gamboa et merci de nous aider à tourner les pages.
    La sexualité oui ! Elle est très présente.
    Ces rencontres sexuelles permettent à ces immigrants de retrouver une certaine humanité, une certaine liberté, en tous cas de s'éloigner pendant quelques instants de ce « syndrome d'Ulysse », cet ensemble de symptômes qui touchent précisément les immigrants sans famille et particulièrement les « sans-papiers » ( cauchemars, perte de l'auto estime, stress, peur, dépression ...)
    Il n'y a pas de grande littérature sans érotisme dit Mario Vargas Llosa.

    La traduction m'a parue très bonne puisque ce n'est qu'à la page 150 que je me suis rappelée que je lisais un texte traduit de l'Espagnol, autrement dit Claude Bleton a merveilleusement fait son métier qui consiste à rester dans l'ombre pour laisser toute la lumière à l'auteur.

    J'ai a-do-ré la forme de ce roman et j'ai pensé un petit peu à José Saramago, bien que nous trouvons chez Gamboa un peu plus de ponctuation, mais pas de tirait, de retrait à la ligne ni de guillemets ...
    Les activités sexuelles nous amènent à Miller, c'est vrai, mais y'a pire comme comparaisons ... Rien que de grands noms pour situer cet auteur. SVP Monsieur Gamboa, ne retournez pas immédiatement au journalisme & délectez-nous encore un ti-peu !


    2007-08-27Note : 5/5
    « Ne sois pas aussi tragique, on dirait un péruvien. »
    « A mon avis, tous ceux qui veulent écrire n'en ont pas forcément les capacités, la littérature ne figure pas parmi les droits de l'homme. Il y a certains espaces que l'on doit conquérir seul, à la force du poignet, à condition de les mériter, tu ne crois pas ? »

    Dire que je culpabilise lorsque de nombreux livres me tombent des mains, que je ne parviens pas à trouver la motivation nécessaire pour les parcourir consciencieusement. Mais puisqu'il existe des romans comme celui-ci, dont la lecture est juste jubilatoire de bout en bout, au nom de quoi faudrait-il perdre son temps avec le reste ?
    Installons-nous confortablement et partons pour Paris avec Esteban. Nous sommes à la fin des années 90, et il vient juste d'arriver en France, bien décidé à empoigner la vie. Le c?ur léger et le bagage mince, ce ne sont pourtant pas des rêves de conquête ou de haut daffiche qui l'habitent. Non, ce qui le meut c'est Paris. Le Paris des écrivains, écrire, quitter la Colombie mais peut-être y revenir, pas de passif politique, pas de drame derrière-lui. Il trouve une petite chambre de bonne, donne des cours d'espagnol, fais la plonge dans un restau, mais ça ne nourrit pas son homme et c'est vraiment la dèche ; chaque sou est compté et ne suffit pas, la faim est là. Heureusement il y a des rencontres, surprenantes, variées, des amours et des amitiés qui se nouent. Au jour le jour, d'une façon extrêmement charmante et dont on jurerait la sincérité totale, installons-nous avec Esteban dans son nouveau pays, la France ; faisons connaissance avec tous ces êtres apatrides et évoluant dans des sphères aux antipodes les unes des autres, parlons littérature, romans, intrigues, sexe, parties fines, amour, amitié, vie.
    Il se perd, Esteban, pendant un moment. Laisse dormir son manuscrit dans son tiroir. Mais jamais ne s'éloigne de la littérature, c'est magique ce côté-là, tout lui fait penser à un livre, tout lui rappelle tout. Il avance, une chose après l'autre, le c?ur droit, tout le temps, ne juge rien ni personne, il est naïf, il est lâche, il souffre...
    Ah j'ai adoré ce roman, il est foisonnant, il est tendre et méchant, drôle et étrange, plein d'une vitalité contagieuse. Ses personnages sont magnifiques, tous, c'est un formidable passeport pour la littérature latino-américaine, une incursion follement réussie dans un monde cosmopolite très attirant.
    Par contre, une mise en garde : certaines scènes, bien intégrées dans une narration fluide, sont très érotiques.



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