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La pension Eva

La pension Eva

Auteur :

Editeur : Editions Métailié

Dans la Sicile des années 40, tout minot qu'il est, Nenè s'interroge : que vont faire les hommes dans cette belle maison près du port, où habitent tant de femmes nues ? Bientôt, au fond d'un grenier, une cousine entreprenante l'éclairera sur le sujet. En grandissant, il deviendra familier de ces dames et bien vite découvrira chez elles, au-delà de la sensua­lité, des trésors de récits.
Autour de la table présidée par l'austère Signura, avec ses amis Jacolino et Ciccio, il perçoit le caractère étrangement sacré de ce bordel et les miracles qui s'y déroulent. La guerre gronde dans le ciel, les bombes américaines dévastent la ville, les armées allemandes quittent les lieux, mais à la Pension Eva, un vieux noble retrouve sa virilité, un ange descend nu en parachute, le portrait de Staline a des effets inattendus sur un résistant communiste, le saint patron local rend visite à l'une de ces dames. Et puis des couples fixes se forment avant de connaître une fin terrible ou bien heureuse. Mêlant le dur récit documentaire et l'allégresse rêveuse du réalisme magique, ce roman d'apprentissage par temps d'apocalypse, que l'auteur lui-même présente comme un moment très spécial dans son oeuvre, nous fait découvrir une nouvelle facette du grand romancier Andréa Camilleri.

Andréa Camilleri est né en Sicile en 1925. Scénariste et metteur en scène de théâtre, il est l'auteur de nombreux romans policiers, dont les aventures du commissaire Montalbano (Fleuve noir), et de romans historiques : L'Opéra de Vigàta, Le Coup du cavalier et La Disparition de Judas (Métailié).

16,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
132 pages
ISBN : 978-2-8642-4622-0
Extrait

Nenè le savait, ce que c'était qu'une pension, il l'avait demandé à un de ses cousins, qui faisait l'université à Palerme : c'était querque chose de mieux qu'une auberge et querque chose de pire qu'un hôtel.
A Vigàta, par ezemple, il y avait un hôtel et trois auberges, des endroits fréquentés par les marins de passage, les commis voyageurs, les représentants d'armateurs, les cheminots, les camionneurs, et à travers ces quatre porches c'était tout un va-et-vient continu.
Mais alors pourquoi de jour, devant le porche de cette pension, il n'y avait vraiment aucun mouvement ? Il lui était jamais arrivé, en passant à la lumière diurne, de voir âme qui vive bouger l'huis entrouvert en entrant ou en sortant.
Une fois, justement le lendemain matin du jour où il avait atteint sa huitième année, la curiosité fut si forte qu'arrivé devant la grande porte un peu plus ouverte que d'habitude, Nenè regarda tout autour de lui et, vu que dans la rue personne passait, il fit un pas vers l'entrée et pencha le torse tout doucement en avant, assez pour pouvoir facilement regarder dedans. Mais soit passqu'il était aveuglé par le soleil, soit passqu'il avait le sang qui bouillait, au début, il ne vit rin de rin. Par contre, il entendit deux femmes qui riaient et parlaient à voix haute dans une chambre lointaine, mais ne comprit pas ce qu'elles disaient. Il fit un autre demi-pas, rentra un peu plus la tête, et ses narines furent assaillies d'une émanation de propre, de savon, de parfum comme celle qu'il y a dans le salon du barbier.
Il fut tenté de rentrer encore un peu.

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