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La nuit des femmes qui chantent
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La nuit des femmes qui chantent

De Lidia Jorge

Editeur : Metailie
Parution le : 19 Janvier 2012
ISBN : 978-2-8642-4848-4
EAN13 : 9782864248484
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1987. Cinq jeunes femmes autour d’un piano, cinq survivantes du naufrage de l’Empire colonial portugais, elles sont là pour chanter. Il y a Gisela, qui les a convoquées et va mettre toute son audace et son énergie à leur transformation en un groupe vocal qui enregistre des disques et se produit sur scène. Il y a les deux sœurs Alcides, Maria Luisa la mezzo-soprano et Nani la soprano qui sortent du conservatoire. Il y a Madalena Micaia, The African Lady, à la sublime voix de jazz, noire et serveuse dans un restaurant, et enfin la plus jeune, Solange de Matos. Elle a 19 ans, elle découvre la vie et la ville, elle n’a pas une grande voix mais un grand talent « pour les petites choses », elle compose des paroles de chansons inoubliables qui vont faire la gloire du groupe. Puis il y aura l’amour aérien et ambigu du chorégraphe international Jõao de Lucena.
Il y a les relations de pouvoir si particulières des femmes, les pressions psychologiques, la façon de tout sacrifier à la réalisation d’un objectif. Elles ont travaillé dans un garage, elles ont appris à chanter, à composer des chansons, à danser sur scène, à marcher comme on danse, elles ont enregistré un disque, et l’impensable s’est produit.
Vingt ans après, la télévision, le royaume de l’instantané, leur consacre une émission et elles se retrouvent là, entre émotion et mensonge.
Romancière au sommet de son art, dominant une langue raffinée et subtile pour aller au plus profond des sentiments et de l’histoire des changements d’une société, Lídia Jorge écrit ici un roman puissant et limpide.


Lídia Jorge est née à Boliqueim dans l’Algarve en 1946. Diplômée en philologie romane de l’université de Lisbonne, elle se consacre très tôt à l’enseignement.
En 1970, elle part pour l’Afrique (Angola et Mozambique), où elle vit la guerre coloniale, ce qui donnera lieu, plus tard, au portrait de femme d’officier de l’armée portugaise du Rivages des murmures (Métailié, 1989).
Revenue à Lisbonne, elle continue d’enseigner, puis arrête cette activité au profit de fonctions auprès du conseil pour la communication sociale.
La Couverture du soldat, 2000 a eu le Prix Jean Monnet 2000 (Cognac) Le Vent qui siffle dans les grues, 2004 a eu le Grand Prix du Roman de l’Association Portugaise des Ecrivains 2003, Premier Prix « Correntes d’escritas » 2004 (Povoa da Varzim, Portugal), Prix Albatros de la Fondation Günter Grass 2006 (Allemagne).


  • Traduit du portugais par Geneviève Leibrich
  • Littérature étrangère

  • Prix conseillé : 21,00 € - Prix : 19,95 €

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    Extrait

    Pendant deux jours de suite, le vent fustigea les arbres de la place des Fleurs, le sol fut jonché de feuilles et de brindilles, et toutes sortes d’objets qui avaient été cachés pour toujours au fond de sacs en plastique se montrèrent une dernière fois, roulant sur les pavés. Mais ce matin-là, l’employée municipale chargée du nettoyage descendit du camion, munie d’un long balai, et fourra tout ce qu’elle trouva devant elle dans une brouette en métal. Au moment où nous nous croisâmes j’entendis le bruit de ses pas qui offrait une explication au monde – Oubli, oubli.

    Pourtant, ce n’est pas l’unique loi qui nous gouverne. Il y a environ trois mois, je me trouvais assise dans la salle d’un ciné-théâtre d’où venait d’être transmis un long spectacle estival, quand un homme vêtu de blanc a volé à ma rencontre, bras grands ouverts?: “Tu te souviens de moi?” a-t-il demandé. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Son corps était si léger que nous dansions sans nous en apercevoir, et cette légèreté était si évidente que les caméras nous ont fixés, posant leur grand œil minuscule sur nos dos, tantôt le mien, tantôt le sien, pendant que nous tournoyions. Comme tout cela avait lieu simultanément, certaines personnes autour de nous criaient?: “Regardez, regardez! Voyez comment João de Lucena danse avec Solange de Matos…” Et croyant ce qu’elles disaient, une fine ligne de lettres défilait sur l’image de nos silhouettes projetée à l’écran. L’homme sans poids a de nouveau demandé?: “Tu te souviens de moi?” Alors, Gisela Batista, l’héroïne de la soirée, est venue jusqu’à nous et s’est exclamée?: “Quelle merveille, tous ces gens se souviendront de vous à tout jamais. Vous êtes beaux, vraiment beaux. N’arrêtez pas, s’il vous plaît. Regardez comme la production fait pleuvoir sur vos têtes une montagne d’étoiles…” Et se retirant du centre de l’histoire de la soirée où elle, et elle seule, devait figurer, Gisela Batista a écarté les bras en prononçant des paroles aimables et
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