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La femme de l'Allemand
De Marie Sizun
Editeur : Arléa
Parution le : 2 Mars 2007

Le monde de la petite Marion vacille. Elle aime sa mère, Fanny, mais une dissonance s'installe dans leur relation. Une voix un peu trop haute, des emportements inexplicables, un silence embarrassé à propos de ce père allemand dont Marion ne sait rien ou presque. Avec le temps, Marion apprend : Fanny est maniaco-dépressive. Les rôles s'inversent alors. L'adolescente endosse cette raison qui doucement quitte sa mère. Elle la protège, la couvre en taisant ses excès. Mais l'amour ne suffit pas pour terrasser la folie. Nous retrouvons dans ce texte magnifique et douloureux le talent que Marie Sizun a déployé dans Le Père de la petite pour dire avec émotion et pudeur l'amour qui rapproche et sépare les êtres.


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2008-07-06Note : 5/5
Douloureux, poignant, bouleversant
Une jeune femme, une enfant, un appartement. Elles vivent seules et l'amour qui les unit est fusionnel, elles ne sont qu'une. Fanny et Marion, Marion et Fanny, seules contre tous et unies. Fanny et sa petite Funny-face.
Mais Fanny est malade. Fanny, fille-mère après la guerre. Fanny qui a fauté avec l'ennemi. Fanny qui a eu un enfant. Avec un Allemand. Parti. Mort en Russie. Fanny élève sa petite Marion, loin des on-dit et des jugements. Fanny qui se moque du regard des autres, Fanny qui chante, Fanny qui rit. Fanny qui pleure aussi, parfois, qui crie, Fanny qui prend une voix bizarre, sourde. Fanny dont le regard change. Fanny dont le visage change. Fanny qui devient une autre, Fanny qui se transforme en un masque hideux devant Marion.

On est transporté dans ce roman. On s'enfonce lentement dans cette spirale de folie. La folie de Fanny, maniaco-dépressive, cette maladie qui se tait, se terre sournoisement pour surgir brutalement. Un instant, une parole, et le monstre bondit et fait surface. On s'enfonce dans cet amour inaltérable, inconditionnel, de cette petite fille qui grandit, ne comprend pas, puis, petit à petit, ouvre les yeux. Alors elle se tait, parce qu'elle a honte. Puis elle a honte d'avoir honte.

C'est un roman d'amour immense, l'amour filial d'une enfant meurtrie, cassée, qui ne peut s'affranchir de cette mère anormale, qu'elle aime tant, pour son anormalité, et qu'elle déteste, pour cette anormalité aussi.

C'est un roman d'amour et de haine, le roman d'une mère et de sa fille. Liées par un lien indissoluble, indestructible, mais qu'il faudra casser, justement, pour que l'une puisse enfin vivre, elle aussi.

Un roman oppressant, suffocant, que l'on referme avec l'envie d'y retourner, parce que c'est un roman d'amour, celui d'une fille. Un cri d'amour douloureux, poignant, bouleversant.





2008-04-03Note : 4/5
Une auteure charmante !
J'ai eu le bonheur d'échanger avec Marie Sizun lors d'une rencontre en bibliothèque dont le sujet principal était ce livre "La femme de l'Allemand". Je dois dire avoir vraiment apprécié ce livre, même si au départ l'emploi du "tu" m'as perturbé. En fait, je n'avais pas réalisé que ce "tu" était Marion. Marion qui retrace une partie de sa vie pour exorciser cette enfance difficile à porter, comme une thérapie.
Ce livre est vraiment troublant, inqualifiable, mais dégage des sentiments très forts ... A lire !

2007-11-05Note : 3/5
Entre folie et secret des origines
La petite Marion vit seule avec sa mère Fanny. De père, il n'y a plus. Derrière le silence se cache une paternité « allemande », pendant la guerre, et de cela, on ne parle pas. Et puis, ce père est mort à Stalingrad. Fanny restera à tout jamais la femme de l'Allemand, est-ce cet événement dans sa vie qui fera décompenser sa maladie, une psychose maniaco-dépressive ? Si au début Marion ne voit pas trop la folie de sa mère, elle devient plus évidente et plus lourde à gérer en grandissant. Quel déchirement pour la jeune fille devenue adolescente que de trahir sa mère en la confiant à des instituts aux soins spécialisés, quelle souffrance que de s'opposer ainsi à elle. Mais il n'y a pas d'autre réponse que la fuite pour se libérer de cette douleur et de cette folie pour laquelle elle ne peut rien.
Un très beau roman sur la difficulté des origines, le poids des regards sur ces filles mères ayant flirté avec l'ennemi pendant la guerre, les secrets qui peu à peu se dévoilent, et l'ambivalence qui toujours vous torture quand il faut choisir entre l'amour maternel et écouter et sauver sa raison. Ce roman, parfois un peu répétitif (à peine), traduit à merveille cet écartèlement de l'amour filial, les revirements entre les phases maniaques et celles dépressives de la maladie, et la violence toujours plus grande de cette mère qui n'est plus elle-même.



2007-10-16Note : 2/5
L'adresse à l'enfant
Bien sûr l'histoire est troublante, touchante, émouvante, angoissante. Bien sûr elle est bien écrite, avec une langue très sensible et qui touche droit au caeur. Malgré tout, je ne suis pas parvenue à « entrer » dans cette histoire, agacée, puis lassée par ce procédé stylistique qui vise directement le lecteur en écrivant tout le livre à deuxième personne du singulier. Cette interpellation ne me convient pas !

2007-07-08Note : 3/5
Ma mère, la folie et moi
La petite Marion a un double secret. D'un côté, on lui apprend que son père est un allemand aimé durant la guerre et mort lors de la campagne de Stalingrad. Elevée seule auprès de sa mère Fanny, rejetée par les siens, Marion grandit avec le poids des mystères.
L'autre zone d'ombre qui nimbe sa maman concerne la folie de celle-ci. Ce n'est qu'une trace fugace, un regard étrange, un sourire angoissant et des actes incongrus, répétés dans la nuit.
Car malgré tout, Marion et Fanny forment un couple qui est lié par les liens de l'amour, de la confiance, du dévouement et de la trahison. En grandissant, la petite fille va comprendre la folie de sa mère, autrement nommée "psychose maniaco-dépressive". Plusieurs fois, l'enfant va chercher à masquer les signes avant-coureurs, ne pas avertir les proches, taire la démence grandissante de sa mère.
Or, les années passant, il devient impossible d'endiguer le flux et le reflux de ces crises. Les séjours de Fanny à l'hôpital se répétent, les périodes d'accalmie sont de courte durée. Toujours plane la menace de la rechute.
Et puis, il y a ce père absent, ce père mort, l'Allemand. Son image permet à Marion de se consoler, de nourrir un espace de tendresse et d'affection pour échapper à ce qui la ronge de plus en plus. Pourtant, ce secret aussi va creuser un fossé déjà très profond entre l'enfant et sa mère, laquelle dit des choses tour à tour passionnantes ou terrifiantes. Comment la croire ? "Tu sais bien que cet amour-là, l'amour de Fanny, est une prison. Que si tu l'écoutes, il va t'enfermer. Pour toujours."

Non, ce n'est pas insurmontable. Cette admirable histoire d'amour filial n'a pas le poids du drame ni du délire. La névrose de Fanny devient en fait une douleur qui confine la concernée mais aussi l'enfant qui pousse en devinant petit à petit la souffrance de sa maman. Leur relation est ténue, elle peut embrigader, embarquer aussi bien l'une que l'autre. Il faut du détachement, de la rigueur, de la colère pour s'en défaire. Ce serait bien évidemment la meilleure solution, mais l'amour dans tout ça ? C'est ce qui sauve ce roman de tout marasme, de la lente coulée noire et plombante. Car il y a ce tutoiement en vigueur, d'un bout à l'autre, qui marque le pas de la fillette. Qui martèle son chemin de croix.
C'est un face-à-face poignant, impossible à briser. Le regard d'une fille sur sa mère, prise aux pièges de ses propres démons, une maman qui dérange. "Et tu la regardais avec un étonnement presque craintif, comme si, décidément, cette femme qui était ta mère était susceptible de toutes les métamorphoses, comme si elle était quelqu'un d'enchanté, ou d'enchanteur, comme si elle était un peu fée, ou un peu sorcière."
Ce livre a un charme inqualifiable.

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