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La servitude volontaire : Suivi de vingt-neuf sonnets Et d'une lettre de Montaigne à son père sur la mort d'Etienne de La Boétie
De Etienne de La Boétie
Editeur : Arléa
Parution le : 7 Juin 2007

Reprendre contact avec l'intégralité d'un livre publié il y a plus de quarante ans est pour l'auteur une expérience redoutable, mais, en fin de compte, intéressante et instructive. Dans quelle mesure se reconnaîtra-t-il dans ce miroir. Aura-t-il l'impression, comme devant certaines photos anciennes, d'être en présence d'un étranger ? Si " la forme d'une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel ", il y a dans la littérature un facteur de stabilité supplémentaire, et supérieure encore à celle du cœur humain. Telle a été, du moins, mon impression en me relisant attentivement. Certes, il aurait été conforme à une certaine déontologie scientifique de tenir compte des apports nombreux dont a bénéficié le sujet depuis cette publication. Mais un livre qui parle de littérature peut être considéré non seulement comme un instrument de documentation indispensable (ce que celui-ci demeure pour une large part, je l'espère), mais comme un " objet littéraire " qui gagne, en tant que tel, à ne pas être séparé de son terreau culturel. Les années 1950-1960, durant lesquelles il a été élaboré pour l'essentiel, étaient celles où l'histoire littéraire commençait à sortir de son pré carré pour accueillir des apports dont ce livre a modestement bénéficié. Le principal est sans doute celui de la phénoménologie, grâce à laquelle la littérature a cessé d'être considérée comme un reflet du réel ou comme l'expression plus ou moins subjective d'un idéal, mais comme le résultat d'un travail de la conscience interrogeant le réel pour y découvrir des lignes de force dans lesquelles elle inscrit un projet conforme à sa position vis-à-vis de l'existence. D'où l'importance prise, sous l'influence de Cassirer et de quelques autres, par la réflexion sur le mythe et sur ce qu'il nous révèle, concurremment avec la psychanalyse, sur les hantises et les aspirations d'une époque et des individus qui la composent. La figure de Satan était, en quelque sorte, le sujet idéal pour effectuer cette exploration, tant elle est liée d'une part au problème du Mal dans l'individu et à des options religieuses qui n'ont pas disparu aussi complètement qu'on pourrait le croire et d'autre part à des visions des destinées de l'humanité qui vont du pessimisme le plus noir à l'espérance d'une réintégration de tout le négatif de l'histoire.

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