Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Mémoires d'un yakuza

Mémoires d'un yakuza

Auteur : Junichi Saga

Editeur : Editions Philippe Picquier

Sélection Rue des Livres

L'histoire véridique d'Ijichi Eiji ou la vie d'un gangster japonais, d'un yakuza, telle qu'il la confia à son médecin avant de mourir, à la fin des années 1970. Chef de gang spécialisé dans les " affaires de jeu " à Tokyo, il raconte avec sincérité son apprentissage, son ascension sociale, ses amours, les tripots de jeu, les assassinats, ou bien comment il se coupa un doigt en signe de repentir. Il confesse coups de main, interrogatoires, prison, nous dévoile les coutumes et les rituels de cette confrérie et nous guide dans le monde souterrain du crime organisé au Japon.

9,70 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
362 pages
ISBN : 978-2-8773-0953-0
Extrait

Oyoshi

C'est à quinze ans que j'ai commencé à filer du mauvais coton.
Sa voix était faible quand il se mit à parler. Mais il parlait clairement, aussi n'était-il pas difficile de comprendre tout ce qu'il disait.
A une époque, mon père possédait l'un des plus grands magasins d'Utsunomiya, où l'on vendait du sel, du sucre, du tissu, de la literie, etc. Les fermiers des environs venaient avec des charrettes à bras acheter tout ce qu'il leur fallait depuis les ustensiles de tous les jours jusqu'aux cadeaux qu'ils faisaient pour certaines occasions. Mon père devait avoir environ quinze employés ; les jeunes garçons de course couraient dans tous les sens autour des amas de marchandises et les clercs faisaient cliqueter leur boulier. Nous offrions à nos meilleurs clients le repas de midi dans une pièce séparée ; les servantes avaient toujours une grande marmite de riz prête pour la circonstance. Tout cela se passait voilà des années, mais je revois tout comme si c'était hier.
En tout cas, l'argent affluait et nous menions une bonne vie. Mon père aimait acheter des montres. Il se les faisait envoyer de Tokyo, et il en avait tout un tas qu'il exposait dans un coin exprès pour cela. Puis, à la fête du Bon et au Nouvel An, il les donnait aux clercs et aux gar­çons de course qui avaient bien travaillé. Ce n'était pas pareil à cette époque, les montres ne se trouvaient pas comme ça, et en plus, c'étaient des montres en or, fabriquées en Suisse, qui avaient beaucoup de valeur. Mon père restait assis là, comme un seigneur féodal, un arrangement de fleurs derrière lui. Les employés s'asseyaient en face de lui, le visage tout rouge à force de se prosterner jusqu'à ce que leur front touche le sol. Quand le clerc en chef en nommait un, celui qui allait recevoir une montre arrivait à quatre pattes, et mon père disait : «Vous avez travaillé dur», ou quelque chose de ce genre, et il lui remettait la montre, en prenant son temps. Les plus jeunes étaient tellement excités qu'ils tremblaient de tous leurs membres - on voyait tout de suite combien ils étaient contents. Je crois bien qu'il continuait cette remise des prix rien que pour le plaisir de voir leurs têtes.

Donnez votre avis