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  Fiche livre


Le dernier frère
De Nathacha Appanah
Editeur : Olivier
Parution le : 23 Août 2007

Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés.
Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent.
Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Prix du roman Fnac


Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG. En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) -Nathacha Appanah a imposé une oeuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J. M. Coetzee.

  • Littérature française
  • Extrait

    J'ai revu David hier. J'étais dans mon lit, j'avais l'esprit vide, le corps léger, juste une douce pesanteur là, entre les yeux. Je ne sais pourquoi j'ai tourné la tête vers la porte, David n'avait pas fait de bruit pourtant, non il n'avait pas fait de bruit, ce n'était pas comme avant quand il marchait et courait un peu de guingois, et je m'étonnais toujours que son corps maigre, ses jambes et ses bras longs et fins comme les roseaux qui poussent au bord des rivières, son visage perdu dans ses cheveux doux et aériens telle l'écume des vagues, je m'étonnais toujours que tout ça, cet ensemble de choses petites et douces et inoffensives, fasse autant de bruit sur le sol quand David marchait.
    David était appuyé contre le chambranle. Il était grand, ça m'a étonné. Il portait une de ces chemises de lin qui, même de loin, font envie par leur douceur et leur légèreté. Il avait pris une pose nonchalante, les pieds légèrement croisés, les mains dans les poches. Une sorte de lueur tombait sur une partie de ses cheveux et ses boucles brillaient. Je l'ai senti heureux de me voir, après toutes ces années. Il m'a souri.
    C'est peut-être à ce moment-là que j'ai compris que je rêvais. Je ne sais d'où ça vient, ce sursaut du conscient, je me demande pourquoi, parfois, le réel surgit dans le songe. Cette fois-là, ce sentiment diffus m'a été très désagréable et j'ai lutté pour me persuader que David était bien là, qu'il attendait simplement et patiemment que je me réveille. Je me suis dit, tiens je vais le taquiner, lui dire quelque chose comme tu fais le beau, tu fais l'acteur, mais je n'ai pas pu sortir un son. Avec des efforts surhumains, j'ouvrais grand la mâchoire, j'essayais, j'essayais mais en vain, ma gorge se desséchait, c'est incroyable comme cette impression était réelle, l'air rentrait par goulées dans ma bouche grande ouverte et asséchait tout à l'intérieur. J'ai senti à ce moment que j'allais me réveiller et j'ai pensé que si je me tenais tranquille, le rêve durerait. J
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    Nathacha Appanah

    Commentaires Amazon

    2008-07-05Note : 5/5
    vilain paradis
    encore une découverte pour moi sur cette querre et cette dramatique histoire des juifs. Un récit prenant autour de la naiveté enfantine, l'ile maurice, aujourd'hui paradis terrestre et touristique a aussi connu ces histoires tragiques. Décidemment bien-heureux ceux qui n'ont pas vécus ces années 39-45, un excellent roman tout simplement.

    2007-10-07Note : 5/5
    Nathacha Appanah, ou quand la littérature parvient à nouveau à toucher notre part de vérité
    Quand commence Le Dernier Frère, Raj est un homme fatigué, usé, et qui n'a jamais pu oublier : ni l'enfance dans l'injustice de la pauvreté, ni la mort de ses frères emportés par un caprice du ciel, ni les poings de son père qui s'abattent sur lui et sa mère, ni l'enfermement absurde de centaines de juifs, déportés à Maurice par la bureaucratie anglaise alors qu'ils avaient à peine réchappé aux camps et à une mort certaine, en Europe. Non, Raj n'a rien oublié, ni le fol espoir de racheter la perte et la douleur à travers le rêve impossible d'une amitié, auquel deux enfants croient jusqu'au bout. Mais, Raj est un vieil homme, cela veut dire qu'il a réussi à vivre malgré tout, qu'il n'a pas failli, qu'il a su construire une vie. Devenir un homme, puis un père, et être juste, surtout.

    Disons-le : la littérature sait aujourd'hui très bien nous distraire, nous faire rêver à d'autres vies, nous conforter dans nos certitudes aussi. Mais il est devenu rare qu'elle bouge encore ce "quelque chose" en nous de plus précieux que nos certitudes et nos paresses. Oui, soyons honnêtes, il est devenu rare que la littérature parvienne à toucher cette part de vérité, mêlée de doutes et de foi, qui fait de nous des hommes, simplement.

    Nathacha Appanah est aujourd'hui l'une des rares plumes à savoir faire cela.

    Alors, oui, il est normal que Le Dernier Frère semble un livre difficile. Parce qu'il nous montre tels que nous sommes "en vérité", c'est-à-dire tels que nous n'aimons pas nous voir : nus, et le plus souvent impuissants, que ce soit devant la vie, ou devant le temps qui se dérobe, devant le bonheur aussi, et l'enfance, la joie, qui nous sont arrachés pour rien.

    Nathacha Appanah a écrit ce livre "à hauteur d'homme". Loin des discours sur la vie, loin des théories sur le bonheur, sur le mal. Car le mal, n'est-ce pas avant tout la douleur de perdre ceux qu'on aime ? et le bonheur, ces moments que notre obstination tente désespérément d'opposer à la douleur de vivre, sans y parvenir cependant, sinon le temps d'un rêve, d'une illusion ?

    Ce livre nous amène au plus près de nos doutes, de nos incompréhensions et de nos douleurs, celles qu'on traine toute une vie, et qui, parfois, par-delà la culpabilité, nous aident paradoxalement à devenir meilleur.

    Face à la douleur qui nous tombe dessus, et devant laquelle nous ne somme jamais prêts, jamais assez forts, nous sommes tous pareils à Raj : confrontés au choix d'utiliser ce seul minuscule pouvoir qui nous est donné, celui d'orienter sa vie, dans un monde dont les lois naturelles, dont les épreuves ou les folies humaines, restent à jamais hors de notre compréhension.

    Raj n'est pas meilleur que nous. Il a seulement réussi à traverser l'existence avec ce poids qu'est parfois la douleur de vivre, et il est devenu un homme simple, un homme juste et bon. Parce qu'il parvient à dire cela, Le Dernier Frère est un livre rare et précieux.

    2007-08-30Note : 3/5
    L'histoire est intéressante, même si le ton est morose
    Soixante ans se sont écoulés mais le passé secoue toujours Raj jusque dans ses rêves. C'est le souvenir de David qui remue notre homme dans sa vieillesse et qui le ramène vers son enfance.
    Quelque part dans un camp sur l'île Maurice, Raj a grandi entre ses deux frères et leurs parents, une mère aimante et un père ivrogne et violent. Un jour, un cyclone s'abat sur l'île et décime la famille de Raj. Les survivants décident de s'installer plus au sud, près d'une prison où sont internés des réfugiés juifs. Là Raj va croiser un jeune garçon blond, prénommé David, âgé de dix ans.

    L'histoire se tisse autour des souvenirs d'un homme accablé de douleur et de chagrin, rongé par le remords. En contant son enfance, Raj pense faire honneur à la mémoire de David, lui murmurer sa prière de repentir. Et à travers sa narration, c'est une autre terrible vérité que le lecteur découvre : le sort réservé à des réfugiés juifs européens qui ont pris le large pour gagner la Palestine avant d'être refoulés vers Maurice. L'histoire se passe durant la seconde guerre mondiale, mais Raj et les siens n'ont eu connaissance de ce chapitre que bien des années après !

    "Le dernier frère" est un drame à part entière, dans un climat de torpeur, dans un théâtre de misère, où les foudres de la météorologie s'abattent sans pitié sur cette parcelle du globe. A travers ses romans, Nathacha Appanah met souvent en avant l'histoire méconnue de son île. Ici il est question des 127 juifs morts en exil à Maurice entre 1940 et 1945. Par la parole de son narrateur septuagénaire, son roman adopte de suite une fatalité glaçante où la tragédie est visqueuse, gluante et désolante. C'est sombre, un peu désespérant. Je n'ai pas su retrouver la poésie si présente dans les livres précédents de l'auteur, ici le ton est un peu plus morose.
    Dommage, pour moi. Ce fut un bon livre instructif, mais qui file un sentiment frileux.

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