Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Le dernier frère

Le dernier frère

Auteur :

Editeur : Olivier

Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés.
Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent.
Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Prix du roman Fnac

Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG. En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) -Nathacha Appanah a imposé une oeuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J. M. Coetzee.

18,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
210 pages
ISBN : 978-2-8792-9569-5
Extrait

J'ai revu David hier. J'étais dans mon lit, j'avais l'esprit vide, le corps léger, juste une douce pesanteur là, entre les yeux. Je ne sais pourquoi j'ai tourné la tête vers la porte, David n'avait pas fait de bruit pourtant, non il n'avait pas fait de bruit, ce n'était pas comme avant quand il marchait et courait un peu de guingois, et je m'étonnais toujours que son corps maigre, ses jambes et ses bras longs et fins comme les roseaux qui poussent au bord des rivières, son visage perdu dans ses cheveux doux et aériens telle l'écume des vagues, je m'étonnais toujours que tout ça, cet ensemble de choses petites et douces et inoffensives, fasse autant de bruit sur le sol quand David marchait.
David était appuyé contre le chambranle. Il était grand, ça m'a étonné. Il portait une de ces chemises de lin qui, même de loin, font envie par leur douceur et leur légèreté. Il avait pris une pose nonchalante, les pieds légèrement croisés, les mains dans les poches. Une sorte de lueur tombait sur une partie de ses cheveux et ses boucles brillaient. Je l'ai senti heureux de me voir, après toutes ces années. Il m'a souri.
C'est peut-être à ce moment-là que j'ai compris que je rêvais. Je ne sais d'où ça vient, ce sursaut du conscient, je me demande pourquoi, parfois, le réel surgit dans le songe. Cette fois-là, ce sentiment diffus m'a été très désagréable et j'ai lutté pour me persuader que David était bien là, qu'il attendait simplement et patiemment que je me réveille. Je me suis dit, tiens je vais le taquiner, lui dire quelque chose comme tu fais le beau, tu fais l'acteur, mais je n'ai pas pu sortir un son. Avec des efforts surhumains, j'ouvrais grand la mâchoire, j'essayais, j'essayais mais en vain, ma gorge se desséchait, c'est incroyable comme cette impression était réelle, l'air rentrait par goulées dans ma bouche grande ouverte et asséchait tout à l'intérieur. J'ai senti à ce moment que j'allais me réveiller et j'ai pensé que si je me tenais tranquille, le rêve durerait. Je suis donc resté dans mon lit, j'ai refermé la bouche, j'ai continué à regarder vers la porte mais je n'ai pu arrêter la tristesse qui est montée de mon coeur.

Donnez votre avis