Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Petites farces de la mort

Petites farces de la mort

Auteur : Pierre-Henri Loÿs

Editeur : Archipel

«Je suis persuadé que la mort arrive en musique. Tu me disais souvent que la musique était une pute qui servait avec la même ferveur n'importe quelle cause. Ne m'envoie ton taxi à grelots que le jour où mes enfants seront grands, pour qu'il me conduise à toi. Laisse-moi te raconter la fin de mon histoire, afin que la mort comprenne bien qu'à moi elle ne pourra pas faire de farce, que je les connais déjà toutes. Qu'elle sache que ce n'est pas la peine d'essayer de me surprendre avec ses ruses. Elle peut se montrer. Elle ne me gâchera pas la vie à se faire attendre.»

Cachée dans un taxi, un ascenseur ou derrière le masque de la folie, la mort s'amuse à jouer des tours aux membres d'une même famille sur plusieurs générations. Ces farces enchevêtrées, l'auteur les raconte à son ami disparu, Laurent. Car «on ne prend jamais le temps de dire les choses aux vivants que l'on aime. Et puis, aux morts, au moins, on ne ment pas.»

Réflexion à la fois cruelle, légère et drôle, Petites Farces de la mort propose également, par la bande, un point de vue singulier sur la paternité, la naissance, l'amour, la folie... Une ode à la vie qui ne se révèle pleinement qu'à la lueur finale.

Pierre-Henri Loÿs est producteur et réalisateur de documentaires musicaux pour la télévision. Il anime une chronique consacrée à l'image sur France Musique et écrit pour la scène depuis de nombreuses années. Sa pièce Le Gna a été créée au Studio-Théâtre de la Comédie-Française en 2001. Petites Farces de la mort est son premier roman.

15,20 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-9092-4075-6
Extrait

À l'école, je disais les conneries et les autres se faisaient prendre. J'ai raconté la mort et c'est toi qu'elle a chopé. Tu es le seul de nous deux à avoir eu le courage de la vivre. Mais ta mort je n'en veux pas, Laurent. J'étais tranquillement en train d'écrire ces petites farces et ta mort arrive, comme pour me dire que je n'avais pas le droit de parler d'elle sans la connaître. Elle avait raison. Ta mort est la première dont j'aie le droit de parler parce qu'elle est la mienne. Tu te l'es offerte sans me le demander, sale con. Et aujourd'hui, j'ai peur de t'avoir montré le chemin sans le vouloir...

Appelle-moi, s'il te plaît. Je caresse le téléphone pour en faire sortir ta voix. Rien. Je ne t'entends plus.

Je vais te raconter mes petites farces. Je vais rester près de toi et tu n'auras pas peur de la nuit. Je vais te tenir la main. Je vais m'occuper de toi comme je n'ai pas pu le faire quand tu étais petit parce que je n'étais pas encore ton grand frère. J'aurais tant voulu te voir naître, jouer avec toi, te montrer ce que les grands savent de formidable ! Je t'ai connu trop tard et je t'ai montré ce que les vieux savent d'amer. J'ai peur que tu sois mort de ça. Mourir de la vieillesse d'un autre !

Tu t'en vas et je perds tout car rien ne m'a jamais appartenu. Lorsque nous les aimions, les choses nous appartenaient à tous les deux. Nous les com­prenions de la même manière. Tu te souviens ? Les Mémoires d'Hadrien... Comment pouvais-je com­prendre à l'époque ? Antinoüs était mort. Je n'avais pas assez aimé pour obliger cet enfant à vivre. Non, je n'y comprenais rien. Et l'autoportrait à l'oreille coupée de Vincent... Toi et moi, nous avions vu l'infini et le néant derrière le pansement, blanche rature de la folie sur l'ocre et le rouge de la vérité. Tu n'es plus là pour me dire que j'ai raison d'aimer les choses. Je n'ai plus de raison de rire ou de pleurer de rien.

Donnez votre avis