De bello civili : Version vitamine C
Un faux diplomate, un de ceux de l'école des espions, qui plus est d'Oxford, homosexuel comme il se doit, débarque en Etrascie sous le prétexte fallacieux de jouer au touriste. Où ça ? En Etrascie. Où c'est ça ? Précisément, l'éminent diplomate l'ignorant lui-même, le voilà qui nous gratifie d'un extrait de l'encyclopédie locale pour nous situer géographiquement, historiquement, politiquement, économiquement… ce beau pays qu'est l'Etrascie. Et c'est un morceau de bravoure : comprenne qui voudra, parmi les peuples voisins, on trouve les Slovines, les Créates et les Bogoumiles. Beau pays, beau pays, c'est vite dit. C'est plutôt l'enfer qu'on nous décrit, un lieu terrifiant, où rien n'est jamais certain, où tout esf fictif, un endroit qui n'existe pas.Mais notre diplomate est consciencieux, il tient à se documenter pour en apprendre un peu plus sur ce fichu pays, l'Etrascie. Aussi s'est-il procuré un livre, écrit par un certain Robert T. Cincaid, et traduit par… Svetislav Basara. Voilà l'indice qu'il nous manquait, la machine est en route et rien ne peut plus l'arrêter… Nous voilà lancés dans une visite guidée de ce pays improbable, à travers une correspondance endiablée entre Bob et Tony, l'un en poste à Dunum, Etrascie, l'autre à Istanbul, Turquie ; par le biais des apartés du président de la République d'Etrascie (en qui personne ne peut manquer de reconnaître ce «bon» Milosevic), qui depuis son cabinet veille à assurer sa réputation et entretenir la peur comme les rumeurs, au point de rédiger lui-même les articles de presse les plus ignominieux et les plus infamants ; par l'intermédiaire aussi de quelques extraits d'ouvrages d'auteurs du coin, et notamment de Salman Basrie, S. B. pour les intimes.La confusion qui règne dans ce maudit pays gagne peu à peu l'esprit du diplomate, et peut-être aussi celui du lecteur… Un lecteur qui assiste aux aventures burlesques du héros-narrateur-lui-même-aussi-lecteur : ses épousées se font toutes trucider sitôt passé le perron de l'église ou sitôt consommée la nuit de noces, soit par un sniper, soit par une mère hystérique ; un commando du Service de la Sécurité le viole sauvagement pour la plupart sauf un particulièrement appliqué et doué dont il tombe aussitôt amoureux ; il fréquente assidûment le café Le Tabernacle où l'on croise des personnages hauts en couleur, notamment spécialisés dans la traite des blanches...Svetislav Basara s'amuse et nous ravit avec un récit quasi fantastique et pourtant collant à la réalité, une critique à énigmes burlesque, à la croisée des chemins entre Le loup des steppes de Herman Hesse, le théâtre de Ionesco, ou du Borgès écrit par Alfred Jarry. Il réussit un pamphlet jamais vraiment accusateur, toujours drôle, invitant plutôt à s'interroger sur le sens de ce qui nous entoure, et le rôle des hommes et des Etats. Une satire tragi-comique sur un rythme endiablé.
