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L'histoire cachée du nihilisme : Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche
De Michèle Cohen-Halimi, Jean-Pierre Faye
Editeur : La Fabrique éditions
Parution le : 19 Septembre 2008

Nihilisme, sorte de signifiant flottant, a une histoire mal connue dont ce livre restitue les méandres. Elle commence pendant la Révolution française, et son premier locuteur est Anacharsis Cloots, député allemand à la Convention, qui finira guillotiné après avoir déclaré que " la république des droits de l'homme n'est ni théiste ni athée : elle est nihiliste ". Elle se poursuit autour de 1800, avec la querelle entre Fichte et l'étrange Jacobi, qui choisit le vocable " nihilisme " pour confondre l'athéisme et pour dénoncer Kant, à travers Fichte et ses amis. On retrouvera plus tard le nihilisme dans le milieu cosmopolite des révolutionnaires russes : chez Bakounine, puis chez Dostoïevski, qui invente par le roman la scène métaphysique de la tragédie du nihilisme. Étape ultime et décisive du nihilisme au XIXe siècle : Nietzsche, qui va " séparer les fils, dénouer les affinités truquées, analyser la composition de l'explosif pour dissocier différentes formes du nihilisme ". Après ce parcours tracé par Michèle Cohen-Halimi, la deuxième partie du livre, due à Jean-Pierre Faye, est consacrée à l'utilisation du nihilisme par Heidegger. Méthodiquement, Faye démonte les contradictions, les références fautives à Nietzsche, les " mises en faux " qui servent à Heidegger à sa propre justification et à celle d'un nihilisme d'État. Un parcours inattendu sur une ligne brisée à travers l'Europe, l'éclaircissement d'un mot à la fois fascinant et maléfique.


Commentaires Amazon

2008-11-11Note : 3/5
intéressant, indispensable mais inégal et agaçant par endroits
Le nihilisme est un terme chargé dans l'histoire intellectuelle et philosophique de l'Europe, qui a pris une valeur toute particulière depuis le développement du mouvement de "déconstruction". La polémique autour de la pensée de Heidegger, son utilisation du terme nihilisme et son engagement dans le parti nazi jusqu'en 1945 est omniprésente dans cet ouvrage. Cela lui donne un intérêt réel en remettant en perspective la pensée d'Heidegger et ses affinités avec l'idéologie nazie. L'ouvrage sur ce point est convaincant. Cela gêne indubitablement de nombreux intellectuels et philosophes actuels pour qui Heidegger est un maître à penser qu'il est impensable d'attaquer. Il est dangereux de critiquer la parole du gourou. Cela rend cet ouvrage d'autant plus indispensable.
Depuis l'invention du terme par Cloots durant la Révolution française, jusqu'à Heidegger en passant par Jacobi et les révolutionnaires russes, le nihilisme est un outil de destruction d'un système existant. Il peut exister que face à une pensée, un système à détruire, dont il faut se libérer. Cette analyse de la fonction du mot nihilisme est en filigrane de l'ouvrage, mais pas toujours clairement mis en lumière ni analysé en tant que tel. On se perd parfois dans les méandres d'analyses fines dont l'aboutissement n'apparaît pas toujours clairement. La critique de l'usage du terme est bien évidemment compliquée par l'usage qu'en fait Nietzsche. Vient alors Heidegger qui interprète Nietzsche, mais en fait le trahit et le récupère. L'analyse de l'amalgame qui est fait entre métaphysique et nihilisme par Heidegger au moyen d'une relecture biaisée et une récupération de Nietzsche. L'ouvrage montre comment Heidegger a voulu liquider la métaphysique (le fameux « tournant »). La thèse est convaincante et me semble juste. Que cette attaque de la métaphysique fasse échos aux diatribes les plus nauséabondes des dignitaires nazis ne fait aucun doute.
Malgré tout, cela restaure t-il automatiquement la métaphysique grecque, transmise par les arabes ? pas si simple. Si je refuse la pensée dHeidegger pour les raisons mêmes que donne l'ouvrage, la place et la validité de la métaphysique ne me semble plus problématique que ne veut bien le laisser entendre le livre.
Les deux auteurs se livrent ici à un travail critique, au sens où Michel Foucault s'est livré à une critique historique des sciences humaines et des discours. Malheureusement, la lecture n'est pas aussi plaisante que celle de Foucault. En particulier l'invocation d'une "critique de la raison narrative" laisse perplexe. Qu'est ce qu'apporte ce terme qui n'est pas explicité ni défini, ou même délimité dans ses fonctions. Cela nuit à l'attrait général du livre qui reste malgré tout indispensable pour qui veut comprendre les débats actuels de la philosophie.


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