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L'appendice des jours
De Olivier Vigna
Editeur : Quidam
Parution le : 1 Janvier 2004

Comme le corps expire, il a besoin parfois de divulguer sa trame. Respiration confuse et sujets ténus, mais écriture serrée, qui pèse chaque mot. Voici des textes jeunes, singulièrement dressés, habités d’une force sereine, revigorante, sans ambition aucune que de lever des voiles. Qu’on lise lentement, qu’on relève les yeux et qu’on voie autrement. La moindre des lumières, la plus frêle des choses, le dernier bruissement ouvrent tant de chemins qu’il faut oser poursuivre. Connaître et se connaître. Des émotions, des vies, des joies et des souffrances sont derrière ces lignes. De la musique aussi, une visée toujours : percer, quoi qu’il en coûte.

  • Littérature française
  • Extrait

    – Blancheurs –

    La rampe d’escalier de la maison d’Ardèche part du bas de la route, au pied d’un goudron pâle lavé par les pluies rares, bombé par les soleils, tordu par la chaleur. La rampe ignore la route et lui tourne le dos.

    Chaque marche a sa pierre, d’un gris blanchi par l’eau et poli par le temps, peu usé par nous autres, bien plus par les étés. La chaleur a trouvé ses quartiers et s’y niche. Ce n’est qu’après-midi que le soleil tourne, caché par la façade, décrépie et discrète.

    A deux heures, on ne peut marcher pieds nus sans mal. En quittant la cuisine, sortant par la terrasse, des fumées de chaleur s’accrochent jusqu’aux yeux. La vue est douloureuse de ces pierres cinglantes, posées en rang d’oignons, l’une dessous les autres, immobiles, énormes. Le pied s’y pose bien, peu après il y court.

    Les lézards aguichés profitent du silence et de la moiteur crue. Sur les parois ils glissent, attendent avant de fuir la menace réelle et rentrent sous la pierre, où nul ne se risque – monde terreux d’herbages poussant dans l’ombre humide.

    Plus tôt en matinée, on pouvait lire dehors, bronzer après la douche et sécher ses cheveux en regardant de haut la route s’éloigner: on trouvait là salon, chacun prenant ses pierres, certains pouvant dormir jusqu’à la mobylette qui dévale la pente et pétarade au diable.
    Mais après déjeuner, on rentrait dans les chambres où d’épais murs courbés, menacés de fissures, maintiennent la fraîcheur, les odeurs du vieux bois, des tissus parfumés et de la citronnelle. Les corps sont à la sieste, la rampe d’escalier redevient orpheline, abandonnée aux mouches, aux guêpes, aux sauterelles. Retour à la nature comme un écho des mois où la maison est vide.

    Quand la nuit sera noire, on descendra la rampe pour monter au village, au monument aux morts à droite de l’église, près du terrain de boules regarder chaque soir des retraités fourbus échanger – gestes lents sur une terre aride balafrée de cailloux – des parties de pétanque jusq
    ... Lire la suite

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