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  Fiche livre


La sortie au jour
De Michel Karpinski
Editeur : Quidam
Parution le : 1 Janvier 2005

Le divertissement protège les uns de Dieu, les autres du néant. Entre le bar où il vivote et les compétitions de tarot auxquelles il lui arrive de participer, le narrateur de ce journal revient, au fil des jours, sur la disparition de sa compagne, neuf ans après le drame. Arrachée aux tréfonds de l'oubli, de l'abjection de soi, sa langue hurle, foudroie, se fait hirsute et parfois trouve en son vortex le fragile équilibre d'un retour à soi.
Ainsi, passée par une mémoration suffocante, presque sans issue, il semble reprendre son souffle, comme un mineur qui remonte à l'air libre ou comme une créature osirienne qui a enfin traversé le royaume des morts.
Cette chronique, achevée en 1996, demeurait dans le retrait ironique de son titre, comme si le danger de tout écrire n'était pas écarté....

  • Littérature française
  • Extrait

    ... Nous avançons difficilement dans la neige. Avec le temps la coulée d’ouate est devenue de poisse, mais elle reste un accompagnement à notre duo, à notre épilepsie: le cauchemar est toujours notre fait... Chorégraphie sordide, délirium-tango, pour mieux souffrir de la comparaison avec ces couples de patineurs unis dans l’arabesque et la voltige. Othello zigzague du museau, emporté par une espèce de frénésie olfactive: il flaire, comme au commencement du monde. Sa laisse m’entraîne dans des bonds et Jenny vaguement accrochée à mon bras, titube à son tour, par saccades. De cette grappe ridicule s’enfonçant dans la nuit et la burle, qui pourrait dire où commence l’ivresse: nous avons même l’excuse du verglas, qui prend peu à peu sous nos pieds... Allez! C’est bien... On peut déraper tout notre saoul, on peut s’affaisser où bon nous semble, s’écrouler en chœur. Ce sera si touchant... Ce couple immortalisé par l’hiver, nos lèvres enfouies sous la neige, comme si nous avions voulu rêver à quatre pattes, sur les traces de notre chien... comme si... com...

    7 janvier 1995

    Le deuil se nourrit du deuil, comme le désir s’est nourri du désir, ou plutôt, il poursuit sans espoir ce que le désir contenait déjà en lui-même, une image en mal d’incarnation.
    Quand le coup est parti, tous les petits hasards deviennent des signes, pour toujours. Jenny appelle au secours, là-bas et son cri revient dix fois sur elle, comme un boomerang, il s’épaissit de ses retours, il se solidifie. Il va franchir le mur du son, rebrousser l’air autour de mes oreilles pour un bang inaudible... Je n’ai rien entendu, je n’ai rien vu, ma propre douleur m’avait incrusté des œillères. J’avançais comme un silure qui surnage dans un ruisseau de boue. Je mis sept heures pour faire deux kilomètres. Cette lenteur, ce fut mon crime. A chaque fois, je différais mon retour pour m’étourdir avec des bulles. Que signifiait ce labyrinthe aussi touffu que ma conscience ? Fallait-il qu’une soirée émaillée de détour
    ... Lire la suite

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