l n'y avait qu'un temps d'Etienne à moi, qu'un battement. Je m'accrochais à lui comme une note de musique à sa partition, seule, vouée à répéter le même son, à le faire courir tout au long de la route mais ne voulant rien d'autre que cela, qu'être là à sa suite, à sa traîne parfois, rien d'autre que lui et moi sur la route, nous sauvant, dévalant, cavalant, pour aller nulle part, ne rien rejoindre, n'atteindre aucun terme. Je lui demandais où nous allions seulement pour m'assurer qu'il était perdu. C'était ce que ma mère aimait en lui et que j'avais compris dès son entrée chez nous. Je me fiais à son sens de la désorientation. Il lançait le menton en avant, une vague main vite retombée, indiquait un point au hasard, que nous ne suivions pas, une sente que nous ne prenions pas, un village à contourner, une église en ruine. Il n'y avait plus rien que nous. Je ne savais plus dans quel pays nous nous trouvions ni même s'il y avait un pays. Je trottais du mieux possible dans son dos, ses longs cheveux bruns battaient le col de son manteau, sa main à l'épaule, nouée autour des sacs. |