Les deux personnages principaux du livre, un tout jeune homme et une femme d’une trentaine d’années exilée elle aussi ont chacun une manière différente de vivre leur exil. L’un ne voulant pas céder au piège de la nostalgie, l’autre ne parvenant pas à apprivoiser cette France dont même la langue lui semble impossible à maîtriser. Laura est trop emplie encore d'un passé qui ne refait que difficilement surface. Il lui faudra trouver "les mots pour le dire"...
Très belle écriture que celle de Bernardo Toro... forte et poétique... puissante, évocatrice de « l’extérieur » par le chemin de « l'intérieur »... magique ! L'enfant a vécu par bribes les jours sanglants de la prise de pouvoir de Pinochet, mais son regard porté sur l'événement en garde des "impressions" plutôt que de vrais souvenirs. Le silence qui lentement s'est abattu sur ses proches... Ce silence, ce "calme opressant". A Paris, le jeune chilien est seul. Seul dans une ville qu'il ne connait pas, qu'il explore lentement, en rasant les murs. Seul aussi près de Laura. Seul parmi ses amis, décalé, n'appartenant pas vraiment à leur "génération". Quelques années de moins qu'eux font toute la différence. Lentement, il devient le dépositaire de leur mémoire. Lui qui en fuyait les pièges. A l'écoute de ces multiples récits, et en particulier celui de Laura, il se réapproprie lentement les événements dont il n'avait été qu'un témoin lointain...
Ecrit en français directement, comme si l'espagnol maternel ne pouvait pas encore dire ce que le français lui ose ? Il faudra du temps encore pour que l'intimité de l'émotion rencontre l'intimité du langage.
Dans l’exil, les frontières s’estompent... et les rues des grandes ville parfois... se mélangent. Passerelles mystérieuses entre un ici et un là-bas, entre le livre, son auteur, ses lecteurs... Entre les mots et le silence... Entre la mémoire et l'oubli... Infini réseau d'émotions. Régine
Sur «Contretemps»
Ce roman est un témoignage sur le coup d’Etat au Chili, sur les souffrances des exilés en France et sur leur stupeur devant le Chili d’aujourd’hui.
C’est d’abord une réponse à ceux qui en 1973 parlaient cyniquement des privilégiés qui se rendaient en Europe pour y être traités comme de coqs en pâte.
C’est en suite l’histoire d’une femme militante, désarmée dans un pays étranger, devant élever ses enfants et qui compense les affres de la solitude par quelques aventures sentimentales où la sexualité est traitée avec beaucoup de pudeur.
Cette femme aimée du narrateur a une voix attachante. Le portait qui en est fait nous donne l’image d’une « révolutionnaire », engluée dans le quotidien, mais qui ne renonce pas.
Le texte, remarquablement écrit, ne fait aucune place, ni à la démagogie, ni au sentimentalisme.
En se sens il est un bel hommage aux militants de l’Unité Populaire et un pour mémoire adressé aux Chiliens d’aujourd’hui. C’est un livre bilingue et biculturel.
Roland Husson Roland Husson
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