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Messe en apnée majeure

Messe en apnée majeure

Auteur : Charles Caplife

Editeur : Universelles

Messe en Apnée Majeure est une fiction sur la solitude, l’exil et l’exclusion.

Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-9158-8203-2
Extrait

===Le Dr Soloman est physicien===
---Chapitre Les belles intégrales---
Tout ce dont il [Soloman] avait toujours rêvé, il l’avait : une approche hésitante mais facile, comme s’il eût invité une belle inconnue et que celle-ci eût accepté immédiatement ou après une légère hésitation ; il avait le jugement spontané et favorable de sa raison et trouvait sa situation enviable ; il voyait déjà le regard envieux de ses pairs sur ce petit bijou qui était sien, il entendait presque leurs félicitations […]

À cette époque de pure euphorie, il avait une expression courante à la bouche : « C’est merveilleux ! » Tout lui paraissait splendeur et source d’ineffable félicité […]

---Chapitre La faille---
Et puis un jour, ce fut la première discordance, la faille. Soloman avait remarqué que quelque chose ne collait pas : une probabilité négative avait pointé son nez, le bel édifice se lézardait. C’était comme s’il eût entendu sa bien-aimée lui adresser une phrase terrible, du genre : « J’ai changé. » Ou comme si sa belle fût venue lui dire, l’air de rien, qu’elle s’était donnée à un autre et qu’elle avait l’intention de recommencer. Anéanti, il ne lui restait que les basses supplications, l’humiliation à genoux, pour essayer de l’emporter sur l’inconnu. Mais qui peut vraiment retenir une femme qui s’en va ? […]

---Chapitre Le gel du temps---
Après la perte, le temps s’était figé. L’espace s’était replié, ramassé, concentré, effondré sur lui-même. Ne restaient que de vieilles machines cassées, rouillées. Des ruines irréparables. Et dans cette période étouffante, que de lourds fardeaux à porter ! Soloman en sentait encore les meurtrissures.
Chargé de toute cette ferraille inutile, il lui avait fallu faire de longues pérégrinations à sa propre recherche ; une quête qui ne passait que par des déserts à côté desquels le Sahara, Gobi et l’Atacama étaient des paradis. Car même ces terres mortes portaient encore du sable et des créatures pétrifiées, des fossiles qui ne pouvaient plus avoir mal ! Même ces étendues désolées connaissaient des variations d’état, passaient de l’étouffement diurne à l’apaisement nocturne !
Suivirent des jours de véritable peur. Paniqué, il avait vu débouler ses trente-neuf ans, annonciateurs d’un certain passage à la limite, peut-être à l’extremum, et il redoutait ce qui l’attendait sur l’autre versant de sa vie : il était convaincu qu’à partir de quarante ans, il ne serait plus dans une logique de vie mais de mort. Il avait peur du vide, du genre de néant laissé par ceux que nous aimons encore alors qu’ils sont déjà ailleurs, tellement loin que nous doutons qu’ils aient jamais existé autre part que dans notre tête […]

===Martine, sa compagne, est informaticienne===
---Chapitre Au nom de l’indépendance---
Son corps était présent, sa bouche remuait, ses bras s’agitaient, elle [Martine] pouvait même entendre des sons, mais son esprit vagabondait ailleurs, dans le passé. Elle cherchait l’erreur. Qu’est-ce qui avait bien pu se passer ? La veille encore, Soloman lui avait parlé au téléphone et lui avait paru tout à fait normal ; il ne lui avait nullement donné l’impression de vouloir rompre. D’ailleurs, depuis qu’elle le connaissait, il n’avait jamais affiché les symptômes de quelqu’un qui attendait le premier prétexte pour provoquer une rupture. Et l’eût-il voulu, qu’aurait-il pu trouver à lui reprocher ? Elle ne lui avait rien fait. Pour elle, leur relation ne portait pas le ver de celles qui commencent mal ou, au mieux, sur une poussée de désir, pour ensuite vivoter dans une atmosphère douteuse ; une fumisterie où les soi-disant amoureux ne connaissent aucun répit dans l’art de se donner des preuves de non-amour […]

===Denise est la sœur de sa compagne===
---Chapitre Docteur ès solitudes---
Elle [Denise] avait même choisi le titre de sa thèse : « La solitude en tant qu’art martial » [...]

---Chapitre La thèse de Denise---
De la part de toute autre personne, Martine eût trouvé ces idées proprement délirantes, mais pas quand elles venaient de sa sœur. Elle y adhérait même, peu ou prou ; non que le caractère autoritaire de sa grande sœur eût annihilé sa capacité de jugement, mais elle avait été témoin, lectrice en quelque sorte, de la fameuse thèse. Celle-ci avait débuté brutalement, sans Diplôme d’Études Approfondies, avec la fuite inattendue du père de Jérémie. Elle avait duré cinq bonnes années. Et seule Martine savait que durant cette période, barricadée chez elle, Denise la grande, Denise la forte avait pleuré à grands cris et à chaudes larmes comme une gamine inconsolable. Au sommet de son désarroi, elle avait pu boire une, deux bouteilles de vin avant de vomir dans la cuvette une mixture d’un rouge sang [...]

===Alex, le fils de sa compagne===
---Chapitre Les cigarettes---
— C’est Chantal, à l’école. Sa maman lui a dit qu’un soir son papa est allé acheter des cigarettes. Et pourtant il ne fumait pas.
— Et alors ?
— Alors, il n’est jamais revenu.
En entendant cette conclusion, Alex, comme sous la torture, aboya sa douleur. Derrière le rideau de ses larmes, il guettait la réaction des adultes. Mais il les vit figés de stupeur. En un éclair, il comprit que le coup était rude pour eux aussi, tout grands qu’ils fussent ; il en conclut qu’il ne pouvait rien attendre d’eux et qu’il avait raison d’étaler son désespoir [...]

===La Beauspasie, le pays où il vit====
---Chapitre Contre l’apnée---
Micro-trottoir, justement ce jour-là. Un homme avait la parole :
— Moi, monsieur, cela fait quatre ans que je vis en apnée. C’est pourquoi, quand le Dr Soloman parle, j’ai l’impression qu’il a lu dans mes pensées. D’ailleurs, il aurait dû appeler son mouvement : Commissariat contre l’apnée.
— Ce n’est pas un mouvement, monsieur, rectifia le journaliste.
On tendit le micro à une passante qui déclara :
— Ce monsieur a raison. Ma tête n’est plus hors de l’eau.
Une autre encore :
— Ils ont raison. Je me noie. Je touche le fond […]

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