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Rocamadour : Le sanctuaire et le gouffre

Rocamadour : Le sanctuaire et le gouffre

Auteur : Gilles Lades

Editeur : Tertium éditions

Rocamadour attire fidèles et pèlerins autour de la Vierge Noire. La ville médiévale est secrètement entourée par un défilé, le “Val Ténébreux” et par deux gouffres en aval : Cabouy et Saint-Sauveur. Ces lieux saisissants, environnent d’étrangeté un sanctuaire conçu comme un théâtre de pierre qui magnifie les volumes initiaux du canyon et comme une pensée théologique invitant,à une double postulation chrétienne : l’élévation et le recueillement.

10,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
123 pages
ISBN : 978-2-9161-3201-3
Extrait

La route nationale et la voie ferrée cheminent un moment de conserve à la sortie Nord de Gramat ; l’élan est donné à ceux qui vont quitter le Quercy. Bientôt, le train frôlera en grondant le puits de pierre de Roque- de-Cor, puis plongera en longues courbes vers le cirque de Montvalent, avant de traverser en un souffle la Dordogne.
L’élan est donné par l’espace ouvert et libre ; l’on est déjà dans l’impersonnel, dans le cadre étroit des tâches fixées loin, au creux de vastes villes, parmi les plaines. L’on se hâte, envahi d’insidieuse indifférence, celle dont on croit se consoler en pensant à quelque meilleur lendemain.
L’on s’en va, après avoir entrevu, ou connu un bonheur ici, entre vallées vertes et sanguines et causses tendrement hérissés de chênes, près de ces maisons basses souvent, où veille, jusqu’en ce début du 21ème siècle, la fenêtre de l’aïeul survivant, de l’aïeule aux yeux voilés de solitude mais vifs aux mots du passant ou du visiteur. Or, tout proche, un site, connu de toute l’Europe, appelle : Rocamadour. Quelques panneaux, un chemin devenu route y mènent en aveugle, à la distance du choix d’aller voir. L’œil est encore loin du panorama partout reproduit, du grand éperon et du sanctuaire. À quelques enjambées, il ne saisit que la roche germée du sol. Roche intacte, échappée aux carrières et aux broyeurs, et qui donne au conducteur l’envie de s’arrêter, de la rejoindre, et de marcher entre ses veines torses, ses trous bizarres, ses effluves. L’herbe la pare, l’herbe rare, frêle et blonde, parsemée d’épineux coriaces.
Les voitures continuent d’assaillir le silence, mais déjà le monde est autre, et nous y marchons parmi la moire des gris et des beiges, des blancs pelucheux, des argiles brique. Chaque saison donnera son arôme : glaise et mousse avec la pluie, thym sauvage en fin d’été, mêlé à l’amertume poivrée d’herbes inconnues, et toujours l’émanation intermittente du simple calcaire, qui se plaque aux narines comme une pièce de pierre sur la langue.

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