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Le jour des corneilles
De Jean-François Beauchemin
Editeur : Les Allusifs
Parution le : 13 Août 2004

SISE AU fin fond de la forêt, au dehors d'un village perdu, une cabane en rondins abrite deux êtres saugrenus, hallucinés et farouches : le père Courge et son fils. Rendu asocial par des drames lointains, celui-là lit des prophéties dans les astres, s'angoisse devant la mort et se venge cruellement de sa destinée sur son fils; alors que celui-ci voit apparaître les morts baignés d'une aura bleutée, interroge sans cesse le fantôme de sa mère et se plie avec docilité aux caprices délirants de son père. Ainsi, survivant à grand-peine de chasse, de pêche et de cueillette, les deux hommes végètent en autarcie, menacés de névrose, manquant de tout, jusqu'à perdre par intervalles l'unité de leur personnalité psychique, jusqu'à chercher dans le sang le secret de leur affect.
Plus tard, mandé à comparaître devant un juge silencieux, le fils Courge justifiera en toute ingénuité des actes inqualifiables. Ce faisant, il dévoilera le destin tragique de son père, qui jadis finit par perdre toute aptitude à aimer; puis le fils fera la lumière sur sa propre vie marquée par l'amour d'une femme juste entraperçue et par la quête désespérée d'un peu d'affection paternelle.
Ce roman, certes, fonde l'humanité sur le langage en établissant la puissance civilisatrice de la métaphore et de l'abstraction, mais le plus beau est qu'il résonne d'un style sans pareil, fourmillant d'archaïsmes et de tournures originales, frappantes. Car le jargon du narrateur, le fils Courge, c'est le verbe inouï des incultes et des illettrés, le dialecte fécond des carencés, fruit de l'étincellement spirituel qui couve sous l'extrême pauvreté matérielle. D'où l'éclatante réussite de ce roman : couler les vastes questions existentielles et les éternelles spéculations philosophiques dans la langue étonnamment enluminée d'un ermite pétulant et visionnaire.
Le Jour des corneilles, ou les dangers de regarder littéralement le coeur comme le siège des sentiments…

  • Littérature

  • Commentaires Amazon

    2008-05-01Note : 5/5
    "Parnoir,enjambe ta culotte et suis-moi !"
    Le père Souche et son fils (qui n'a pas d'autre identité) vivent à l'écart d'un village, en autarcie.
    Le père, sorte de Géant rabelaisien, la bonhommie en moins, lit dans les étoiles, tandis que le fils voit sans souci particulier les trépassés évoluer autour de lui. Parmi ces derniers, sa mère, morte lors de sa mise au monde.
    Le père rudoie le fils qui supporte sans broncher les crises de folie paternelles, espérant toujours recevoir une preuve d'amour, cet amour dont il est assoiffé.
    En 150 pages, Beauchemin crée des personnages inoubliables,un univers dense et rude où la vie et la mort se mélangent sans cesse. En effet, pour le premier repas de son fils, le père lui donne du lait provenant d'un cadavre de hérisson femelle."Ce fut ma première pitance sur le domaine de la Terre : le lait d'une bête morte achevée par Père. Ce fut par même occasion ma première rencontre véritable avec la mort, véritable en ce que j'en fus pénétré, puis nourri. Toute ma vie , cela devait me rester inscrit au ventre: par là le trépas avait tracé sa sente en ma personne; comme mots se formant et s'alignant sur la page."
    Cette puissance des mots est en outre annoncée prophétiquement par le père : "J'y lorgne qu'un jour viendra où, par quelque diablerie, tu seras comme instruit de mots, et qu'alors lumière t'apparaîtront."La tragédie n'a plus qu'à se mettre en marche car "C'est analphabétisme[...]bien plus désolant encore que celui de ne pouvoir lire en nos semblables humains. "
    Vous qui aimez les mots, les mots anciens, les mots qui roulent comme des cailloux, précipitez-vous sur Le jour des corneilles , de Jean-François Beauchemin !




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