Horacio Castellanos Moya a le verbe cruel et l’imaginaire loufoque. Le Dégoût, déjà, nous immergeait dans la tête d’un type qui, de retour dans son pays, le Salvador, ne vomissait que de la haine pour les siens. Son quatrième livre est du même acabit : récit délirant, cruauté et drôlerie à toutes les pages. Le narrateur, journaliste salvadorien, se voit confier une lourde tâche par l’Eglise catholique du Guatemala : réviser les témoignages d’indigènes rescapés de massacres. Fasciné, il plonge dans la douleur des autres, récits de viols, tortures, assassinats, s’en repaît autant que de bière. Et explose.
Moya, tyrannique, le malmène, le pousse dans la folie : n’est-il pas vain de fouiller le passé, d’exhumer la vérité, alors que l’oubli serait plus raisonnable, plus sage, et si attendu des princes de ce monde ? L’écrivain s’en donne à cœur joie.
Il égratigne les ex-militants gauchistes, l’Eglise catholique, s’en prend aux tortionnaires recyclés en maniaques du fric. Horacio Castellanos Moya assassine les faux-semblants, honnit les petits arrangements. Le monde est magnifique (c’est de l’ironie !). Avec son écriture déraisonnable (c’est encore de l’ironie !), l’écrivain donne à ce monde magnifique un tonus d’enfer. Martine Laval, Télérama |