Trois cercueils blancs
Trois cercueils blancs semble être un thriller bizarre. Un thriller dans lequel un citoyen solitaire change d’identité pour faire tomber un régime omniprésent et oppressif dans un pays d’Amérique latine sans nom ; un thriller dans lequel ce citoyen solitaire est pourchassé sans relâche par les forces du régime, mais qui trouve le temps de s’engager dans une aventure amoureuse avec une infirmière silencieuse, qui le sauve dans plus d’un sens. L’intrigue du thriller n’est cependant qu’un squelette, une structure vide où le roman se développe, sauvage et imprévisible, à travers la voix du citoyen solitaire. Cette voix - cynique, violente, insensée, souvent drôle à se tordre de rire - utilise tous ses mots pour détruire la réalité, la détester, l’ignorer, puis pour la recomposer entièrement dans une forme différente. Le recours à une telle structure et à un tel narrateur laisse le lecteur avec un choix multiple d’expériences. Par exemple, on peut lire le livre comme une exploration poussée de l’idée de l’identité personnelle, comme une longue réponse à une question soulevée par l’intrigue : qu’arrive-t-il à une personne après qu’elle a volé l’identité et la vie d’une autre ? Le récit du narrateur remet constamment en question la réalité, la démolit, la désorganise ainsi que la nouvelle réalité résultante. L’exposé des niveaux de lecture possibles pourrait se poursuivre, mais la seule vraie expérience se produira lorsqu’un lecteur découvrira ce texte. Emballé dans une boîte à suspense, facile à ouvrir, Trois cercueils blancs est un jeu littéraire riche et fascinant.