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La Position du pion

La Position du pion

Auteur : Rafael Reig

Editeur : Anne-Marie Métailié

Sélection Rue des Livres

Sur les hauteurs de Madrid, des «couples d'amis» boivent des cocktails et attendent leur ancien leader, Luis Lamana, alias le Gros, de retour des États-Unis. Ex-militants communistes, reconvertis en bourgeois de la transition espagnole, ils ont fondé des familles et remisé leurs utopies.

Johnny, rejeton lucide de cette génération, cherche son père et enquête sans trop de conviction sur le meurtre jamais résolu d'un de ses amis d'enfance. Avec une acidité qui n'exclut pas la tendresse, il réécrit le passé et tire à boulets rouges sur cette petite société abonnée aux hypocrisies et aux renoncements.

Rafael Reig est un narrateur impitoyable, cynique et pince-sans-rire : il convoque ses personnages au tribunal de l'histoire selon une mécanique précise de galerie des glaces - superposition des époques, vertige des destins individuels, puissance de l'ellipse.

Ce qui pourrait n'être qu'un règlement de comptes générationnel devient alors une histoire universelle : peut-on vraiment demander des comptes à chaque génération ? Qui est coupable, dans l'histoire ?

Traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse

20,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
288 pages
ISBN : 979-1-0226-0543-4
Les avis

La presse en parle

Ces couples traversent la période de transition qui a suivi la chute du franquisme en Espagne. Avant, les Urrutia, les Poveda et les Ariza étaient militants communistes clandestins, luttant contre la dictature, connaissant à la fois la fraternité du combat et le risque de la délation. Certains d'entre eux ont connu la prison, puis le désenchantement à la mort de Franco, en voyant la loi d'amnistie absoudre leurs anciens geôliers et ainsi faire table rase du passé récent. Quand ils apprennent que leur ancien chef disparu, Luis Lamana, surnommé « le Gros », refait soudainement surface, ils ne savent à quoi s'en tenir. Sont-ils encore les agents dormants d'une possible révolution, eux qui, désormais installés et embourgeoisés, n'ont guère envie d'être réveillés ? Avec la victoire des socialistes, les voici devenus des « radis », « rouges à l'extérieur, blancs à l'intérieur et toujours le plus près possible du beurre ». Ils se sont tant aimés qu'ils ne savent plus où ils en sont, et c'est avec beaucoup d'ironie et de talent que Rafael Reig dissèque les vies de ces anciens militants, qui ont fait carrière dans l'édition ou la finance, sont désormais absorbés par les soucis conjugaux et ne savent plus très bien si, au grand jeu d'échecs qu'est la vie, ils sont parmi les gagnants ou les perdants...

Gilles Heuré, Telerama

Vos avis

Dans les environs de Madrid, à El Tomillar, un groupe d’amis, composé de couples, attend leur ancien leader Luis Lamana, surnommé Le Gros. Il est de retour des Etats-Unis .Tous, à des degrés divers, appréhendent sa venue car ils sont ex-militants communistes et craignent des révélations sur eux-mêmes ou sur d’autres proches .Leurs parcours, leurs origines, sont des échantillons de l’histoire de l’Espagne contemporaine : Pablo Poveda, romancier, auteur de La Plénitude du mauve, et d’Intermittences, qui lui valu un succès remarquable. Alicia, son épouse, assimilée à une cariatide, en raison de sa grande taille qui surplombe ses interlocuteurs .Ricardo Ariza est architecte et cultive un raffinement de bon aloi. Carlota Casarès est photographe .Alejandro Urrutia, navigateur, et Lola Salazar, épouse de ce dernier.
Enfin, Johnny, de son vrai prénom, Julian, est le fils d’Isabel Azcoaga, mais doute fortement de l’identité de son père, et recherche ses véritables origines.
L’originalité de la technique romanesque utilisée par Rafael Reig est double : tout d’abord, l'auteur fait appel aux jeux d’échec pour illustrer les motivations des personnages, la source de leurs actes, les raisons d’agir qui les habitent .Ensuite, chaque personnage est mis en scène à partir d’un moment de son histoire .On passe ainsi de l’Espagne franquiste des années soixante à celle de la transition démocratique du début du règne de Juan Carlos, puis à l’Espagne de la Movida des années quatre-vingt. Et c’est à une véritable dissection des vies de ses personnages que se livre Rafael Reig .Ainsi, Pablo Poveda troque volontiers l'habit du romancier dissident pour se lover dans celle du romancier à la mode : « Je n’accordais pratiquement pas d’interview et ne faisais pas voir en public, ce qui avait persuadé mes lecteurs que j’avais accès à des informations privilégiés. »

Ricardo Ariza succombe aussi à la tentation : « travaille au bureau d’études de la Banque d’Espagne(…) il était l’un des cerveaux dans l’ombre du plan économique du PSOE. » Son épouse, Carlota, rompt également avec la marginalité, elle inaugure sa première exposition photos au Photocentro, « vécue comme une entrée dans le monde. » Rafael Reig nous incite à nous interroger sur des questions de fond : la culpabilité, la responsabilité de chacun, la solidité des convictions . Avec beaucoup d’humour, l’auteur souligne l’importance de l’époque dans la vie de ses personnages : « Les couples d’amis étaient devenus quelqu’un au début des années 80, ils s’étaient rangés (…) et ils avaient l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux, du cours de l’histoire, du courant qui façonnait l’avenir. »
Belle illustration apportée dans ce récit original du rôle des générations dans l’histoire et de la malléabilité des convictions individuelles, sujettes à des accommodements.

STEPHANE BRET

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