Un fiasco français: Histoire secrète du Pôle financier
On l'a présenté comme une novation majeure. Le pôle financier du Palais de Justice de Paris, créé en 1999, affichait la volonté de lutter contre la corruption en politique, lors de la passation des marchés publics nationaux et de la conclusion des grands contrats internationaux. Il promettait une justice enfin armée pour démêler les montages complexes jusque dans les paradis fiscaux. Il jurait de remettre un peu de morale ou de vertu dans les affaires publiques ou commerciales. « Il est indispensable de rétablir les règles de l'éthique républicaine », avait même déclaré Elisabeth Guigou, alors garde des Sceaux, pour justifier la création du pôle.Mais déjà, dans l'ombre, s'affutaient les armes. Le pôle parisien a été confronté, avant même sa création, à une hostilité partagée par la classe politique dans son ensemble, les hauts responsables industriels ou bancaires et la cohorte de leurs avocats. Qui voulait prendre le risque d'un assainissement des finances ? Très vite, le pôle financier a été le théâtre d'une guerre. Au fil des procédures, des jugements, des condamnations et des relaxes, la vitrine s'est fissurée révélant bien au-delà des pétitions de principe, les carences et les limites de l'institution.Les dossiers Elf, de la Mnef, du financement du PC ou du RPR, des voyages privés de la famille Chirac, l'enquête sur les millions de dollars de commissions occultes des frégates vendues à Taïwan, les investigations sur les mécanismes de corruption mis en oeuvre par les plus grandes sociétés dans les pays africains les plus pauvres et dernièrement la fameuse affaire Clearstream, racontent l'histoire de cet affrontement. La version manichéenne serait pourtant trop facile. Les juges ne sont pas forcément blancs, et les mis en examen pas toujours si noirs. Pour preuve, les guerres du pôle se sont aussi jouées dans les couloirs de l'immeuble de la rue des Italiens. Une plongée saisissante dans le fleuron judiciaire français.
