La crise : Des subprimes au séisme financier planétaire
Si le début de la crise actuelle, en février 2007, est facile à définir comme la « crise des subprimes », et si sa deuxième phase, qui débuta en août de la même année, fut caractérisée par un tarissement généralisé du crédit, je me référerai à la période comprise entre l'été 2007 et la fin de l'été 2008 comme à la « drôle de crise ». Quand la Pologne fut envahie, le 1er septembre 1939, la France et l'Angleterre déclarèrent la guerre à l'Allemagne. La Belgique, la Hollande, le Luxembourg et la France furent à leur tour envahis le 10 mai 1940. Rotterdam fut rasée quatre jours plus tard. La période de sept mois entre les deux invasions fut appelée la « drôle de guerre », faite d'escarmouches et de montées de la tension. Le monde est désormais la proie d'une « drôle de crise » où un processus de fissuration qui débuta au sein de l'immobilier américain se poursuit, s'étant internationalisé, rayonnant à partir de son foyer initial - et envahissant la périphérie -, une périphérie qu'une crise initialement modeste, celle du « rêve américain », d'une maison entourée de son jardinet par famille, n'aurait jamais dû atteindre si le système financier, le réseau sanguin de l'économie, ne s'était révélé d'une étonnante et extraordinaire fragilité. Si la désintégration est lente dans sa progression, elle n'en est pas moins brutale dans ses manifestations et révèle de manière criante la faiblesse intrinsèque d'un système financier qui apparut, à partir de la fin de l'empire soviétique, non plus seulement comme le meilleur mais aussi comme le seul possible. Or il faut constater a posteriori que le roi était nu et que le bel édifice, universellement vanté pour sa capacité à braver les siècles, n'était guère plus qu'un château de cartes qu'un courant d'air suffirait à faire s'effondrer. Alors que 2007 aura été l'année où l'on s'interrogea sur les retouches qui permettraient de colmater les fissures apparues alors, l'année 2008 aura été celle où l'on fut forcé de réexaminer les fondements : où l'on ne se posa plus la question de savoir comment remettre sur les rails tel ou tel produit financier compromis (l'auteur s'était alors lui-même demandé, de bonne foi, comment réparer la titrisation des dettes individuelles), mais où l'on se pose à nouveau les questions premières : qu'est-ce que la richesse ? qu'est-ce que la monnaie ? Et où, reprenant les choses à zéro, on se demande avec inquiétude : « Comment redistribuer la richesse autrement ? », « La monnaie est-elle créée de la manière qui convient ? » - ceci pour se sortir de l'abominable guêpier où nous nous retrouvons aujourd'hui empêtrés.
