Philosophie de l'histoire de France

Auteur : Edgar Quinet
Editeur : Payot

Edgar Quinet est encore mal connu en France. On a oublié qu'il s'agit d'un historien de premier plan qui était un ami de Michelet et qu'il est l'un des philosophes les plus importants du XIXe siècle avec une oeuvre considérable. En outre, il est un remarquable écrivain. Quelques-uns de ses grands textes ont été republiés récemment, dont La Révolution. Ces dernières années il y a eu un regain d'intérêt pour ce penseur très original, pour sa pensée politique notamment : il a été, dans les années 1860, l'un des meilleurs défenseurs de la laïcité, ses remarques en la matière ne manquent pas d'actualité. Philosophie de l'histoire de France (1857) est un texte assez bref qui est, pour l'essentiel, une réflexion sur la façon dont les historiens contemporains écrivent l'histoire de France, une réflexion particulièrement aigüe sur les présupposés de leurs démarches. Texte très polémique et très virulent qui montre notamment que les historiens reconstruisent toute l'histoire de France pour qu'elle aboutisse au régime parlementaire de ce moment, comme s'il y avait une sorte de fatalisme qui organisait toute cette histoire. Un tel postulat revient à légitimer fréquemment le pouvoir absolu et à ne pas pouvoir comprendre les moments de liberté comme la Réforme. Tout est supposé obéir à une ligne directrice dont nous connaîtrions le point d'aboutissement. Edgar Quinet montre ainsi que les historiens, sans bien le savoir, calquent leurs démarches sur celles des Pères de l'Eglise : ils interprètent tout ce qui précède comme une simple préparation au régime parlementaire présent, lequel régime est par là même valorisé. Dans une telle perspective, les épisodes les plus catastrophiques de l'histoire de France n'ont servi qu'à préparer l'état politique actuel. Et les événements les plus désastreux (par exemple la Saint Barthélémy ou les différentes guerres de religion au XVIIe siècle) se transforment de fait en facteurs positifs : du plus grand mal sort à la fin le bien. Comme si tout dans le passé était fait pour nous, ici et maintenant. Les analyses qu'Edgar Quinet fait de cette façon d'écrire l'histoire permettent également de comprendre autre chose : comment bon nombre d'historiens en viennent à trouver une véritable justification ou même une légitimité à la tyrannie, aux différentes formes de servitude. (Quinet est au XIXe siècle un lecteur très attentif du texte de La Boétie sur la « servitude volontaire ».) Il ne s'agit pas tant ici d'une idéologie que d'un grand postulat qui fait que ces historiens deviennent des alliés du pouvoir tyrannique, des penseurs politiques qui donnent un sens positif à tous les errements de l'histoire de la nation française. C'est dans cette perspective que Quinet dit que les historiens (autant que les philosophes) doivent faire leur « nuit du 4 août ». L'intérêt de ce livre tient à ceci qu'il est, tout à la fois, un regard sur l'écriture de l'histoire dans la longue durée, une réflexion sur ce que représente l'histoire d'une nation, et une interrogation sur les formes de servitude susceptibles d'apparaître dans la pensée politique ou dans le travail de l'historien, du philosophe ou de tout autre apologiste.

18,50 €
Parution : Avril 2009
171 pages
ISBN : 978-2-2289-0418-6