Le déshonneur dans la République : Une histoire de l'indignité, 1791-1958
La répression des faits de collaboration, plus connue sous le nom d'épuration, est demeurée célèbre pour l'inégalité et la dureté de ses verdicts, en particulier ceux envers les écrivains, tel le journaliste antisémite Robert Brasillach, condamné à mort et exécuté en 1945.
Or, la mort la plus appliquée à la Libération ne fut pas la guillotine, mais une mort symbolique, celle emportée par la privation des droits de citoyen et les interdictions professionnelles sanctionnant le nouveau crime d'« indignité nationale ».
L'indignité nationale ne privait les vichystes ni de leur vie, ni de leur liberté. Elle les transformait en citoyens de seconde classe, déshonorés. Près de 10 000 Françaises et Français se virent ainsi frappés de mort civique, quand 1500 d'entre eux furent exécutés entre 1944 et 1951. D'où vient l'idée que, dans la République, le droit peut raisonnablement priver un citoyen ou une citoyenne de son honneur, et, en lui infligeant une honte publique, le transformer pour un temps en citoyen indigne ?
L'indignité, la privation infamante des droits de citoyen, est le moyen imaginé par le droit pour faire triompher ce principe mixte de l'ordre public républicain : l'honneur-vertu. Incarnant par ses mésaventures singulières, les tribulations d'un indigne ; formulant la plus radicale critique de l'application de l'indignité, sous la Terreur comme lors de la Libération, la vie, les écrits, les censures politiques du marquis de Sade sont le fil rouge d'une histoire de l'indignité qui de Robespierre au général de Gaulle a espéré fonder ou rétablir la République sur la devise : Liberté, Égalité, Fraternité... ou Indignité. L'auteur brasse, dans une langue vivante et avec un grand talent, l'histoire des idées, des comportements, les archives et la littérature - sur deux siècles.
