La tyrannie de l'émotion
Editeur : Jean-Claude Gawsewitch
Catastrophique ou insignifiante, l'émotion a tendance, en nous forçant, au delà de la raison, à nous apitoyer, rire ou pleurer. La politique a changé de registre en devenant compassionnelle. Elle est désormais victime de la tyrannie de l'émotion. À droite ou à gauche, faire de la politique, c'est montrer qu'on a du coeur. Le dirigeant n'attend pas l'événement, il le prend d'assaut et le squatte. Parfois même il le précède et le crée. En produisant de la bouffée émotionnelle, le fait divers est au coeur de l'action publique. La peur, l'angoisse, la culpabilité, la colère, le stress, la fierté, la violence, le sexe et la génétique sont aujourd'hui les ingrédients de la politique de l'émotion. L'urgence se substitue au changement structurel. Ici, il n'y a plus que des effets d'annonce. Peu importe les promesses contradictoires, l'important c'est de le dire au bon moment, à l'heure du JT, en jurant que les lendemains ne seront plus jamais comme avant. Il s'agit de réagir le plus vite possible, face à la caméra, pour s'indigner, la main sur le coeur.
L'émotion permet de combler un manque : la quête d'identité.Avec cet essai, Noël Mamère et Patrick Farbiaz démontrent que l'émotion n'est pas une dérive mais une tendance lourde de la politique moderne : la peopolisation fabrique des héros à la chaîne et organise une «démocrature» de l'émotion. Le populisme émotionnel ne s'embarrasse pas de théorie : plus c'est gros, mieux ça passe.
