Bunker
A Vollaville, plage du débarquement, Alfred Fournier possède un bar-hôtel qui a vu défiler collabos et résistants. Alfred est aujourd'hui un retraité qui vit avec ses souvenirs. Son fils Raymond et sa belle-fille Madeleine ont repris l'affaire et l'ont " modernisée " façon pub irlandais. L'établissement, rebaptisé le Dog Red - du nom d'un des secteurs de la plage où les combats avaient été particulièrement rudes -, accueille les touristes désireux de se plonger dans le passé de la Seconde Guerre mondiale. Si Alfred voit les nouveaux aménagements d'un oeil critique, Madeleine et Raymond, eux, rêvent piscine et tennis pour la nouvelle clientèle d'Allemands qui, " dépotent question monnaie ". L'un d'eux s'est précisément installé au Dog Red. Bel homme d'une quarantaine d'années, toujours poli, il est d'une discrétion exemplaire. D'après le fax de réservation, il se nomme Jürgen Schneider, mais on n'en sait pas beaucoup plus sur lui. Il passe ses journées à se promener dans la campagne et consulte des cartes. Qu'est-il venu faire à Vollaville ? C'est ce que se demande Alfred. Grangier aussi se le demande. Grangier, c'est un fondu du Débarquement, un drôle de type qui vit en ermite dans un ancien blockhaus qu'il a sommairement aménagé. Que la présence de cet Allemand cache un secret, cela ne fait de doute pour personne, surtout quand une nuit, le vieil ermite du blockhaus est retrouvé abattu d'une balle de Garrant M1 en pleine tête. Le Garrant, c'est le fusil semi-automatique qu'utilisaient les GI en juin 44. Autant de problèmes à résoudre pour la maréchale des logis Fabienne Duranger chargée de l'enquête. Délier les langues ne va pas être facile... Depuis ses débuts dans le genre, (Quai de l'oubli et La main morte pour lequel il a obtenu le Grand Prix de littérature policière 1994), Philippe Huet tisse une toile romanesque subtile, que certains ont qualifiée de simenonienne, caractérisée par des personnages en quête d'un passé sombre et trouble. Dans ce nouveau roman, l'auteur reste fidèle à la manière et aux thèmes qui lui sont chers. On retrouve une forte présence de la Normandie, théâtre douloureux de la Seconde guerre mondiale et des drames qui s'y sont joués. Bien mené, captivant par son sens du mystère, porté par des personnages attachants, ce roman pose un regard sobre et pudique sur des blessures pas encore refermées.
