Poussière
Anselmo, bibliothécaire dans une petite ville de province, mène une existence réglée par sa lutte incessante contre les particules quasi invisibles que sont la poussière et les résidus. Dès son retour du travail, il secoue tous ses vêtements depuis le balcon, se précipite sous la douche puis passe des heures à nettoyer les surfaces et les objets avec une maniaquerie sidérante. Sa femme semble s'être résignée à cette hystérie ménagère : elle boit de la vodka et donne raison au magazine qui considère que trop nettoyer sa maison c'est vouloir rentrer dans l'utérus de sa mère. L'obsession d'Anselmo grandit : il envoie des emails à un ami qui ne les reçoit jamais, dans lesquels il établit des théories sur le chaos qui menace sa vie et explique qu'il n'a pas le choix, qu'il doit lutter coûte que coûte contre l'ensevelissement ; un inconnu se présente à la bibliothèque et oublie une mallette dans laquelle se trouve un traité de taxinomie domestique. Puis tout se précipite : la femme d'Anselmo le quitte, Anselmo se met en congé maladie et s'enferme dans l'appartement. Jusqu'au-boutiste du nettoyage il finira par se jeter du balcon, particule parmi les particules, désastre parmi les désastres. Dans les mains d'un artiste, rien n'est plus drôle qu'une phobie et rien n'est plus absurde que les situations qu'elle engendre. Tout le talent d'Adrian Bravi, qui signe ici son troisième roman, est de créer, dans une langue extrêmement limpide, un personnage aussi banal que le voisin de palier, et aussi riche qu'une rencontre entre Kostolany, Kafka et Alfred Jarry.
