Le général et son armée
Le général et son armée, rédigé après la dissolution de l'Union soviétique, rappelle Guerre et paix de Tolstoï, en évoquant les problèmes moraux qui se posent à son héros, le général Kobrissov : quelle attitude observer envers la guerre civile qui se double, entre 1941 et 1945, de la guerre entre l'Allemagne de Hitler et l'Union soviétique de Staline ?
" Une jeep émerge à travers un rideau de pluie, avec ses pneus qui chuintent sur l'asphalte défoncé. C'est la " reine des routes ", le char de notre triomphe. Rageuse, elle fonce sous le ciel de la Russie en guerre. Dans un tintamarre qui annonce l'orage ou répercute la canonnade, la bête s'échine à avaler l'espace qui la sépare d'un but dont elle ignore tout. " Cette jeep qui file vers Moscou fin 1943 est celle de Kobrissov, brillant général, patriote sans faille mais opposé au système soviétique symbolisé par son chef suprême, Staline, le " boucher géorgien ". Complexité des intrigues, espionnage, mise en scène, histoire dans l'Histoire, rythme haletant : tout concourt à faire du récit une tragédie russe du XXe siècle un très grand roman !
Dans le numéro de Livres Hebdo consacré à la présentation du Salon du Livre 2005 où la Russie était invitée d'honneur, le critique russe Andreï Nemzer, dressant un tableau d'ensemble de la littérature russe moderne, a placé Vladimov à la seconde place des « vrais maîtres », tout de suite après Astafiev : « Dans Le général et son armée, commencé avant la perestroïka mais achevé en 1994, le destin du héros, brillant général mais étranger au système soviétique, reflète la tragédie russe du XXe siècle. La mise en parallèle de la trajectoire de son héros avec le destin d'autres grands chefs de guerre permet à Vladimov de s'intéresser au rôle de l'individu dans l'Histoire. Il réussit à faire se rejoindre "vérité des tranchées" et "vérité historique". L'intrigue policière, la mise en scène des personnages, la richesse stylistique, les rappels historiques sur la situation d'avant-guerre, la retraite de 1941, la contre-attaque sous Moscou, forment si bien un tout qu'on est obligé de qualifier l'oeuvre de grand roman. »
